Jour 62

Nous avons passé la journée chez mes parents et ma soeur. Mes inquiétudes n'étaient pas fondées et ont volé en éclat. Donc c'était bien. Des ondes profondes ont parcouru la journée et je crois que j'arrive plus facilement à accepter l'amour des mes parents et cela crée une ambiance de réconciliation. Ma mère s'est montrée fière et confiante lorsqu'elle a compris tous les moyens médicaux et spirituels que j'ai mis en œuvre pour guérir. J'ai dit que chacun devrait constamment ou au moins régulièrement penser à la mort, chaque jour, et ne jamais faire semblant que "c'est pour les autres", faute de quoi on ne peut trouver et aller vers l'essentiel, ce qui nous rend superficiels et incapables de jouir de la vie et ses instants qui passent. Plus tard, mon père, en a parté, me raconta qu'il pensait toujours ainsi, et que chaque matin en voyant le jour se lever il se disait avec bonheur : "Encore une journée de gagnée. C'est merveilleux !"

Cette journée fut éprouvante et mon état s'est nettement aggravé dans la soirée. Mais en même temps je sentais se tenir dans mon corps la profonde vigueur de notre escapade au Centre et des pratiques, de la pilule, etc.

Je me suis réveillé à huit heures ce matin. Mais je n'ai pu me lever avant dix heures ! Il y a toujours ce sentiment de "à quoi bon" : me lever pour faire quoi ? Pour aller où ? Tous les plaisirs ont pour moi la même saveur ou plutôt sont sans saveur. Cela ne m'attriste pas. C'est reposant. Mais ça ne m'enthousiasme pas non plus. Je sais très bien qu'il ne s'agit pas de l'Unique Saveur dont parle le Mahamudra de l'Adi Yoga. Je ne suis pas (si) fou ! C'est juste un passage, celui de la traversée grande vacuité d'où on doit laisser émerger la plénitude de l'instant. Il faut parfois du temps et donc beaucoup de patience, que l'esprit et à sa suite le système nerveux se réajustent dans un autre mode de fonctionnement. J'ai connu cela bien des fois, mais dans le cadre d'une urgence vitale c'est la première fois. C'est donc une plongée dans l'inconnu. Ça au moins c'est excitant.

Pourtant, quand je me lève, Élodie est là, et l'Univers surgit à nouveau dans un sourire et un frémissement d'amour.

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