Jour 63

Ce que j'aime dans l'enseignement du Bouddha, c'est son pragmatisme et l'absence de toute malice spirituelle. Il part du terrain de l'existence ordinaire, de notre misérable réalité faite de souffrances, de peurs, d'espoirs et de tricheries en tous genres. C'est une approche scientifique de la vie. Il n'y a pas de promesse, pas d'idéologie, pas de croyances, seulement une méthodologie précise et sans concession de l'éradication pied à pied de l'illusion, et cela jusqu'à l'émergence naturelle de notre nature lumineuse, bonne et bienheureuse. Déjouer l'illusion passe inévitablement par la déception, la tristesse, la nostalgie d'un monde et d'un état d'être inconnus mais confusément pressentis par chacun d'entre nous.

La bonté fondamentale existe en tout être humain. Mais pour lui permettre de s'actualiser nous n'avons pas d'autre choix que de devenir de "bonnes personnes" et d'y travailler chaque jour patiemment. Il ne s'agit pas de se forger une personnalité mais de permettre la porosité de notre être, qualité qui ouvre sur cette bonté de la Base par une posture comportementale et non seulement mentale. De même qu'une éponge humide se gorge d'eau plus facilement qu'une éponge sèche, la générosité attirera plus facilement l'eau de la compassion. Quand le cœur est sec, il faut du temps pour qu'il s'humidifie d'amour, mais ce n'est pas impossible, ce qui fait que le plus stupide ou le plus malveillant des êtres peut devenir bouddha.

Comme beaucoup d'autres, j'ai l'heur de connaître la voie qui permet une telle mutation en seulement une existence. Mais évidemment, ça secoue un peu... 😉

Demain, nous avons rendez-vous avec l'oncologue qui devrait proposer un traitement et/ou des examens supplémentaires. Cela me laisse relativement indifférent. J'ai un peu l'impression d'être dans un jeu vidéo. Ne me demande pas pourquoi, je ne sais pas. Peut-être est-ce une forme de déni ? Ou peut-être est-ce parce que j'ai moins souffert aujourd'hui ? Pour un être aussi stupide que moi, il suffit d'un allègement de la dette pour en contracter d'autres !

Il est vrai que l'impermanence est une loi permettant à toute chose, à toute situation, à toute psyché de changer en un seul instant, si bien que dans ce monde des illusions dansantes il n'existe rien sur quoi faire fond. Quel bonheur quand les vérités relatives retrouvent leur place en tant que simples ornements de l'Absolu !

Peut-on faire fond sur l'Absolu ? La réponse est oui, mais sache qu'il n'y a rien, mis à part les ornements. Ah ! Ah ! Ah !

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