Jour 119

En fin d'après midi, nous avons marché deux kilomètres pour aller chercher des pommes dans un champs abandonné. Évidemment marche très lente mais pas tant. Pour le première fois j'ai tenu sans suffocation. Quel bonheur ! Certes, le mérite en revient aussi à la chimio d'hier et aux corticoïdes mais tout de même... C'est une petite amélioration.

Je profite que je suis en forme pour partager un sujet important (toujours sur la base de mes expériences, bien sûr).

Tout l'Univers en un seul point

Quand l'esprit en toutes ses cellules se tient, paisible, au niveau de la Claire-Lumière Fille, il est possible de se déplacer et de visiter à loisir ce monde brutal, l'espace insondable de la Shunyata (la Vacuité), les Terres Pures des bouddhas, les autres dimensions de l'Univers, et d'entendre les sons célestes que produisent les Dakinis Danseuses, et les autres mélopées jusqu'à la voix suave de Brahma. Et bien d'autres choses encore. Et tout cela simultanément, sans switch, sans tourner "les boutons du poste".

Il est donc envisageable en chaque instant de vivre sur plusieurs plans à la fois, et même de prendre contact avec ton nouveau lieu de résidence. Veux-tu revenir ici dans ce monde tant détestable que désirable ou bien laisser tes plumes se réchauffer au soleil du Dharma sans ce lourd corps rempli de besoins et d'infections ? Question volontairement manipulatrice en manière de te montrer comment nombre de maîtres abusent de ton esprit dualiste ! Hin hin hin ! Évidemment que c'est une fausse question !

C'est grâce à cette précieuse vie et son corps lourd etcétéra associé au pur Dharma que je peux voyager ainsi. Et inversement, c'est grâce au pur Dharma que la grande Prajna (sagesse transcendante) peut s'incarner dans la matière. Alors, que choisir ? Le non-choix, surtout.

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Je veux rappeler qu'en ces temps apocalyptiques (au vrai sens du terme), celles et ceux qui ont quelque chose à transmettre doivent dire la vérité, à n'importe quel prix et même au péril de leur vie, ils doivent dire la vérité ou se taire à jamais. Un de mes maîtres n'avait que ce mot-là à la bouche et le mettait brillamment en pratique. Il est peu connu du public, à l'instar de ceux qui peinent à séduire et caresser leur auditoire dans le sens du poil.

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Ego, le mal-aimé

On lit ou entend souvent qu'on devrait se libérer de l'ego pour être éveillé, voire même le combattre. Quelle sottise ! Cette intention même procède de l'ego : c'est donc perdu d'avance. L'ego n'a rien de mauvais sauf à le considérer comme une entité réelle au mépris de ses racines faites de la vue d'un soi fixe aux êtres et choses, une vue automatique et inconsciente que la plupart ne relèvent même pas.

L'ego est là, faisons donc avec, prenons plutôt la mesure de la situation sans chercher à exercer un contrôle, ni pour l’employer, ni pour le rejeter, ni même en y restant indifférent. Tout poussin devient oiseau ou meurt dans l’œuf. L'ego est la coquille. Celle-ci est indispensable et le poussin, naturellement intelligent, ne cherchera jamais à briser sa coquille : la simple rencontre prématurée avec le grand ciel bleu de l'éveil et ses conditions objectives le tuerait. Et s'il demeurait trop longtemps dans l’œuf, il mourrait également. Oui, l'ego est une protection qui garantit la maturation de l'être et prépare son développement spirituel. Le moment venu, il faudra briser la coquille, mais encore une fois il y a un juste temps pour cela, ni trop tôt ni trop tard. Alors, je t'invite à aimer ton ego, à en prendre soin sans en rechercher ou en attendre plus.

J'ai vécu entouré de poules (je parle de l'animal, encore que...) Le moment venu, le poussin brisera la coquille de son bec, et pour la plupart au moyen d'un petit ergot astucieusement posé à la verticale de son bec. Ergot brise ego... 😉 Mais quelques instants auparavant, du moins pour un certain nombre d'espèces, la mère oiseau aura pris soin d'entailler la coquille pour laisser passer un peu de lumière et faciliter ce travail qui est une épreuve physique exigeante. La mère oiseau est le Guru, ou l'enseignant si tu préfères. Elle aussi doit être intelligente et agir bien à propos. C'est facile pour les animaux, pas trop pour les humains, n'est-ce pas ? On appelle cela l'initiation. C'est vraiment important. Aujourd'hui on critique beaucoup cette tradition "guru-sishya" si vitale entre les humains. "Guru" est une insulte méprisante dans la bouche des occidentaux. La faute sans doute aux fantasmes de la "république appliquée" et de l'obsession d'une fausse souveraineté individuelle faisant de nous des êtres futiles, individualistes, voire clivants. Mais sans la mère oiseau, le poussin perd 99% de ses chances de briser sa coquille. Sa force est encore associée à l'énergie de la mère. C'est juste un fait, et cela rend la nécessité de ce type de relation indiscutable. Et ce n'est que le début, l'oisillon aura encore besoin d'être nourri et de recevoir une éducation appropriée pour pouvoir voler un jour et vivre pas ses propres moyens.

Il existe aussi des oiseaux qui, lorsque l'ergot se détache du bec, pensent qu'ils se sont enfin débarrassés de l'ego. Ah ! Ah ! En réalité, la coquille est encore présente dans la mémoire et il y a du travail à terminer, des contacts à établir avec le monde beau et effrayant, c'est ce qui rend la relation maitre-disciple pas si facile et romantique au début. C'est souvent le cas, mais chez les humains seulement. En cas d'échec ou d'erreur, la dite spiritualité les conduira directement vers l'arrogance dont hélas ils ne pourront avoir conscience. C'est "l'ego spirituel", une catastrophe personnelle qui impacte aussi l'entourage. Pour rester dans la métaphore, cela signifie qu'ils n'ont pas la compréhension de leur origine : ils ne savent pas qu'ils ont été fabriqués et pondus par la mère, et moins encore que la Claire-Lumière ou l'état de Bouddha ne leur appartient pas.

Pour toi, cela revient à dire que tu ne sais pas que le Guru est déjà présent et veille sur toi, ou alors c'est un simple concept divertissant et bien pratique pour animer des stages à succès. C'est ce qu'on appelle le "Guru Intérieur", notion très importante en Kundalini Yoga qui parfois s'oppose dans l'esprit de certains au Guru extérieur ou incarné et au Guru secret (en Adiyoga). C'est bien dommage, et arrogant ici aussi. Je veux dire que, lorsqu'on est focalisé sur le Guru intérieur, c'est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Bonne parce que cela invite à un retour à soi, à la méditation et à la recherche de son identité profonde. Une mauvaise parce qu'on se prive de l'opportunité d'être en présence d'un maître incarné qui prend vraiment les choses en mains dans le réel de la vie ordinaire pour nous aider et nous guider jusqu'à l'accouchement qui, je l'ai mille fois rappelé, se fera de toutes les façons par soi-même et personne d'autre. On se prive encore du Guru secret, les moyens qui transcendent tout ce bavardage dont je vous charge le mental présentement sur un plan relatif et qui ne se signifie rien dans la réalisation de l'absolu (ouf !) C'est là que se tient la souveraineté inviolable de l'être. Cette perte de sens relative à la relation guru-sishya, qui est encore plus puissante et vaste qu'une relation amoureuse, est une des raisons pour lesquelles les maîtres aptes à guider les êtres disparaissent par grand nombre en ces jours sombres, ne voyant pas l'intérêt de s'incarner pour des gens qui n'élèvent plus leur intelligence et leur cœur au minimum requis alors qu'il y a tant de demandes en d'autres contrées du Cosmos. (Mais il existe quand-même une bonne nouvelle que je vous conterai une prochaine fois. Rappelez-le moi si j'oublie).

Petit poussin macérant de vie dans ton œuf, tu as heureusement le moyen de comprendre ce qui t'arrive et t'attend : au moins, lis et étudie la vie des grand maîtres, sans préjuger ni interpréter (ça ne sert à rien), juste en te laissant porter par les mots. C'est une méditation. Déplace-toi de loin pour les écouter. Continue à chercher le Guru intérieur mais prie aussi pour qu'il vienne en chair et en os afin de t'éduquer, te rassurer et te protéger, par exemple en chantant le mantra MÂÂÂ ("son de la Divine Mère") dans la posture bien connue du yogi Milarépa, ou bien LAMA KHYENNO ("Guru, pense à moi") jusqu'à ce que les larmes jaillissent de ton corps. Il viendra, il viendra ! Et malgré les sons encore atténués par la coquille et l'obscurité qui ne veut pas se dissiper, la mère oiseau sera là tout près, chantant pour toi  et réchauffant de ses ailes ton petit corps à travers la coquille tout le temps qu'il faudra. Elle sera encore là pour la suite que j'ai évoquée plus tôt.

J'espère que tu vas enfin te foutre la paix et arrêter de te tortiller et de torturer ton ego si précieux. Tout est beau, tout est bô !

Et j'ai dit la vérité. 😉

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