Jour 116

Lentement mais sûrement, je me sens gagné et irradié par la Joie Infinie. Je réalise que, malgré les souffrances et les dégradations que subit Navjeet, il s'agit bien d'une expérience merveilleuse et illuminée, et cela en dépit de tout engagement du pronostic vital.

Comme je l'ai déjà raconté dans de précédents billets, j'ai toujours su (depuis l'enfance) que cette maladie arriverait. Je n'en ai jamais parlé à qui que ce soit. Cela se manifestait par des images, parfois quelque discours et aussi des scènes diaphanes. J'y étais donc, à un certain niveau, préparé et ne fus donc pas surpris quand tomba le diagnostic. Pourquoi n'en parlais-je pas ? Simplement pour m'accorder la possibilité d'un doute, d'une erreur. C'est une forme d’hypocrisie, n'est-ce pas ? Mais je crois qu'elle était nécessaire pour éviter le travers de l'arrogance. Lorsqu'il s'agissait de scènes, j'imaginais que j'avais une sorte de réponse héroïque dans mon comportement, notamment à l'hôpital. En réalité, les faits ne se passent pas tel que mon imagination les avait fabriqués. Mais le sens profond demeure. Je n'en parlerai pas ici, c'est trop long à décrire.

Dans cette Joie Infinie qui me gagne, je découvre plusieurs composantes. La première est la joie du karma qui se résorbe. En effet, cette maladie est comme une épée de Damoclès que quelqu'un vient de détacher et de jeter au loin. C'est une incroyable et douce libération. "Qui paie ses dettes s'enrichit" dit l'adage bien connu. C'est une réalité. Payer ses dettes est certes une épreuve en tant que perte, mais elle est largement compensée par le fait de la disparition définitive de la dette et les nouveaux possibles que cela engage. Ça ne peut être que libérateur et joyeux. C'est un processus naturel que les gens devraient prendre plus en considération : quand survient la rétribution karmique, le solde est définitivement liquidé, pour toujours ! Je pense que, lorsque nous rencontrons des obstacles, difficultés ou démons de toutes sortes, nous devrions être plus conscients et reconnaissants, ce qui nous amènerait à danser de joie au lieu de gémir pitoyablement tout en cherchant des coupables qui n'existent pas. Quand la plus grosse "dette" est liquidée ou en passe de l'être, et ton esprit s'ouvre alors sur l'Infini. Et c'est en réalité ce qu'est le prétendu présent.

Je sais qu'il y a aussi des composantes karmiques récurrentes et que dans ce cas les rétributions arrivent par vagues successives ou par cycles. Mais raison de plus pour danser de joie dès le début ! Car les vagues ou cycles suivants n'en seront que plus doux et notre attitude plus intelligente. Bref, voici donc la première raison de cette joie qui m'habite. Elle procède d'une cause et d'un posture consciente.

La seconde raison, et bien malin qui pourrait sérieusement la détailler, ne procède d'aucune cause. Ce n'est pas la conséquence d'un événement; même si événement il y a.Je crois que c'est la saveur éveillée de la situation elle-même qui me met en relation avec la "Santé Fondamentale", c'est-à-dire avec le fait qu'au plus profond de l'être, la maladie n'existe pas. Je me suis toujours senti en parfaite santé à ce niveau-là. Même maintenant. C'est une constante, une base, une réalité touchant à l'absolu de l'être et de l'Univers. La prétendue maladie ne concerne que Navjeet pour qui cette santé fondamentale a été, ou est, recouverte de quelque occultation temporaire. Mon esprit demeurant en sa base, dans la jouissance immédiate du cœur ignorant mais ouvert, de l'énergie détournée mais indomptable, de la conscience délirante mais une et invariable, la Joie Infinie émane d'elle-même, continument, sans attente ni objectif, échappant ainsi à toute forme de processus karmique dans les trois temps.

Ah ! Si seulement je pouvais en mettre quelques échantillons en bouteille et vous les expédier !

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