Jour 103

Ce matin, démarrage des plus difficiles. J'ai fait à nouveau une crise d'étouffement avec des tremblements de tout le corps. Cette fois les tremblements étaient terribles avec l'impossibilité de les calmer. Il fallait attendre. Ils sont arrivés en premier, puis ont continué durant l'étouffement avec aussi beaucoup de pleurs.

Nous n'avons pas appelé les urgences parce que j'ai eu l'impression que je parviendrai à surmonter cet épisode. Ce fut le cas, bien sûr avec le concours de ma chérie et ses chants spontanés. C'est passé en un peu moins d'une heure. J'avais aussi un broncho-dilatateur que j'avais gagné au Loto des urgences la semaine dernière, rappelle-toi. Je suis heureux de n'avoir pas atterri aux urgences encore une fois. J'ai été mal toute la journée. A l'heure où j'écris je n'ai pas récupéré complètement.

Je pense que c'est la chimio qui provoque et exacerbe ces crises, même si cela fait des décennies qu'elles arrivent sans crier gare, de façon plus douce et me mettant un peu moins en danger. Il y a donc un passif karmique qui n'a que peu à voir avec la chimio. Il va falloir s'occuper de ça...

Quand je traverse de tels moments, je doute beaucoup que je m'en sortirai. J'ai à la fois l'impression que je vais me métamorphoser et n'y pas survivre. C'est contradictoire mais je ressens une piste où, peut-être, ces deux extrêmes pourraient se marier. Je ne sais pas, je ne sais pas... J'ai beau être pro-actif envers ma possible guérison, je me sens aussi comme Don Quichotte se battant contre des moulins.

Je sais que je ne suis pas Navjeet, ce corps malade, ces pensées, ces sensations... Mais je sais aussi que je ne peux être en-dehors de cela. Il y a une ficelle prête à se rompre entre les deux. Je lutte pour (re)investir cette chose, la conquérir même, car elle peut encore servir. j'ignore comment, car je ne sais pas me projeter dans le futur. C'est une qualité, je crois, mais chaque qualité a aussi son revers. En tous cas, les gens qui parviennent à se projeter dans le futur m'impressionnent beaucoup.

Je me dis qu'il faudrait laisser tomber tout cela, et simplement vivre, tel que je tentais de te l'expliquer hier. Et le reste on s'en fout. Mantra : "On s'en fout"... Et dire que je suis connu pour porter haut ce formidable mantra qui définit si bien l'abandon à "ce-qui-est" ! Eh bien, je crois que c'est le moment de le suractiver, non ?

Bon, stop aux coups de fouet. "Simplement vivre" constitue quand-même le plus clair de mes nuits et journées. Mais vois-tu, et comme toi certainement, je pars en sucette de temps en temps. 😉

Ça y est, j'ai commencé à perdre mes cheveux par poignées. Eux qui faisaient ma fierté, symbole de noblesse et de virilité, du moins jusqu'à l'imposture républicaine qui a transformé la tête des hommes en improbables touffes. Je me demande si je dois continuer à contempler le désastre ou bien prendre les devants. J'aimerais bien vos commentaires et je suivrai vos conseils. Ou pas ! (c'est mon autre mantra). Mais surtout, ne me dites pas que c'est la beauté intérieure qui compte et tout le blabla tristement convenu qui va avec. Un peu de créativité, bon sang !

 

 

5 Comments

  1. Margaït

    D’après les témoignages de mon entourage, mieux vaut prendre les devants en matière de new-look, car choisir son moment donne plus de force que contempler la perte de ses cheveux chaque jour un peu plus.
    Mieux vaut ne pas en rajouter et pouvoir être content d’avoir pris la décision ! Et tu gardes précieusement tes mèches 😉
    Courage !

  2. Becot

    Hello l’ami,
    Question cheveux vers 24 ans ça tombait. Alors depuis un voyage en Afrique où j’avais perdu 12 kg plus de cheveux ne sachant quoi en faire. J’avais pour habitude de dire un peu provocateur le jour où j’aurai un cancer vous ne verrez pas de changements…On m’a plus identifié comme un skinhead mais bon Depuis pas de cancer j’attends ! J’y vois aussi beaucoup d’avantages : économie de temps, de matériel, d’argent…. et plus de question à se poser. Dès qu’ils font 1,5 cm je coupe et je rajeuni de 10 années. A cela s’ajoute la mine détendue près la pratique. C’est surtout avec l’automne et l’hivers qui arrivent qu’un ou plusieurs couvre-chef sont indispensables. Ce qui offre un moyen original de renforcer son apparence (chapeau, bonnet, casquette, capuche…) et de garder les calories qui tentent de fuir… J’aurai aimé les (les cheveux) avoir long jusqu’à la taille mais la vie en à décidé autrement m’offrant un système pileux généreux… va comprendre !
    Perso je ne sais quoi te conseiller mais choisir me semble mieux que subir….
    La bise l’ami….

  3. Claire Wattier

    Cher Navjeet,
    je trouve tes cheveux splendides, mais c’est simplement parce qu’ils émanent de ta personne! Ton crâne sans cheveux nous donnera l’occasion re-découvrir le contour de ton visage, les fenêtres ouvertes sur l’Etre que sont tes yeux, ton sourire malicieux, ton petit mouvement de tête sur le côté… Ton charme n’en sera certainement pas altéré!
    Anticiper une coupe contrôlée, ou cueillir en bouquets successifs, ce que tu choisiras sera juste et bon!
    Bien affectueusement, à toi et à Elodie!
    Claire W

  4. PORTE Catherine

    Bonjour Navjeet,
    Il semble qu’on soit tous du même avis : Tu ne laisses pas faire, tu coupes quand tu le décides.
    Ca repoussera. On le sait.
    Nous pensons à toi. Nous te soutenons.
    Affectueuses pensées.
    Bises,
    Catherine P.

  5. Elodie

    Profites en! C’est peut être la seule fois de ta vie que tu auras « l’opportunité » de te raser les cheveux
    Ça pourrait être un beau moment avec toi même… fort, bien que difficile… ou bien…rigolo…qui sait?
    Je t’embrasse

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