Jour 102

Je crois que j'ai dû sauter un jour du journal. Ça ne se rattrape pas de toute façon. D'ailleurs, il n'est pas un instant qui puisse se rattraper. De même, pas une pensée, une parole, un acte.

Nous ne pouvons vivre dans le passé, il vaudrait mieux tout oublier au fur et à mesure. Nous ne pouvons pas plus vivre dans le futur, il faudrait ne rien attendre de lui.

Et je te vois venir... Tu vas me dire : "Oui ! Vivons dans le présent !" Ah ? Montre-moi donc le présent, son épaisseur, sa durée. Tu vois bien que ce n'est pas possible. Le présent n'est qu'un concept parmi d'autres.

Bon, alors vivre "dans quoi" ? Vivre, un point c'est tout. Nous ne pouvons rien accomplir de plus gracieux et c'est ainsi que nous recevons la Grâce. Mille souffrances accompagnent nos tendances à vivre dans une des phases de ces trois temps. Nous devrions laisser tomber cette étrange relation au temps, elle ne possède pas la moindre consistance.

Et si, au lieu de voyager dans le temps, c'était au contraire le temps qui voyage et glisse sur nous comme un courant maritime longeant un navire immobile et à contre-courant ? Et si l'infinité des possibles que véhicule le futur venait sans discontinuer à nous ?

Le méditant est assis là, immobile, tranquille. Le futur vient à lui, et selon la musique de son cœur il choisit telle ou telle destinée et la vit pleinement. Quoi de mieux que cette souveraineté naturelle du cœur ? Un cœur pur et aimant est souverain. Un cœur malade et mauvais est également souverain.  Il n'y a pas de différence quant à la souveraineté du cœur. Un vrai souverain sait choisir.

Et si nous voulons être en capacité de choisir la plus belle des destinées qui s'offre à nous, notre cœur devrait plutôt être pur et joyeux. C'est pourquoi, au lieu d'essayer vainement de vivre dans le présent comme beaucoup de gens le recommandent, nous devrions nous occuper à nous éveiller, à nous élever spirituellement. La seule préoccupation que pourrait susciter le temps relève de l'inconnu : le moment de notre mort. Assurément, c'est maintenant que nous devrions être prêts à mourir, pas demain ou après demain !

Lorsqu'on suit le Sentier de la Libération, le temps finit toujours par s'arrêter ou plus exactement par révéler sa propre absence, paré de ses trois phases éphémères ou relatives.

Ces histoires que je raconte (avant qu'on m'enferme chez les fous) sont des choses que "l'enfant intérieur" connaît bien. Plus tu avances en âge, plus tu peux constater que malgré les joies et les peines que tu as traversées, tu es toujours cet enfant, inaltéré et pur. L'enfant intérieur est sans cesse ébahi, toujours alerte, il ne comprend rien mais il sait tout, il jouit d'une confiance illimitée dans ce qui est, toujours prêt à s'engager, à découvrir, à s'amuser. Il est le point fixe de l'être, un frémissement personnel entourant l'impersonnel de sa singularité. Il est aussi la promesse perpétuelle de la Joie des Joies, non pas de quelque bénédiction qui viendrait du futur mais l'éphémère reflet de la confiance fondamentale que rien ni personne ne peut détruire, le socle intérieur et invisible sur lequel repose le couple à jamais enlacé : Amour Inconditionnel et Sagesse Transcendante.

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