Târa pour les nuls #1

Comme vous avez été nombreuses soit à laisser des commentaires soit à m’envoyer des mails pour avoir plus de précisions et aussi manifester votre désir de vous frotter à la pratique de ce mantra, voici donc un début d’explications complémentaires. Bien qu’elles soient à destination de novices, je ne vais pas pour autant sacrifier le sens sur l’autel de la simplification.

Il existe différents niveaux de pratiques de Târa : tantrique, ésotérique, exotérique, yoguique, religieux, athée… Dans le contexte actuel du confinement, mais aussi et surtout celui plus élargi de la crise systémique au niveau mondial, vous ressentez probablement un certain désarroi, peut-être de la colère ou de la peur, ou même un certain désespoir. En tous cas, et quelque soit sa forme, un sentiment d’urgence est présent dans beaucoup de cœurs.

C’est cette ambiance générale d’impuissance et d’urgence qui m’a conduit à proposer cette pratique de la façon la plus directe et simple possible avec l’objectif que chaque personne intéressée puisse l’effectuer facilement. Ce qui suit est donc destiné à vous aider et à encadrer votre pratique avec des petits conseils dans le cas où vous auriez besoin de plus d’informations et d’une compréhension plus élargie.

Déroulé d’une session

Réunissez les conditions extérieures (temps, environnement…) et intérieures (calme, concentration…) qui faciliteront le japa.

Placez devant vous une représentation de Târa (voir article précédent) et éclairez-là avec une bougie. Évitez de récupérer sur internet une version altérée, genre New-Age, stylée ou sexy ! Il existe une géométrie sacrée et un symbolisme secret sur lesquels vous ne devriez pas faire l’impasse.

Si vous avez la capacité de visualiser Târa et de maintenir cette vision au-dessus de votre tête. faites-le. Sinon, plongez votre regard dans celui de Târa et mangez-là des yeux. Faites-le vraiment comme vous dévoreriez votre chéri-e du regard. En d’autres termes, nourrissez votre mental de la vision, créez de la « matière psychique ».

Chantez le mantra, comme si vous vouliez la séduire avec un chant d’amour. Ce n’est pas encore le moment de penser aux autres, mais plutôt à vous-mêmes, et cela jusqu’à ce que ça devienne inintéressant. Et ça le deviendra, car je suis désolé de vous le dire, vous n’êtes pas si intéressantes en tant que personnes mais plutôt en tant que cellules kaléidoscopiques de la Totalité Cosmique ! 😉 Quand ce moment arrive, entrez dans un japa (récitation) clair et rythmé. Trouvez la cadence et n’en démordez plus. Laissez votre cœur s’ouvrir. Pour beaucoup de débutants, cette ouverture va provoquer beaucoup d’émotions, des pleurs, des cris, du désespoir… C’est très bien. C’est le nettoyage de printemps de votre vie. N’ayez aucune inquiétude ni aucune réaction envers ce processus et accrochez-vous au mantra. Continuez ! Considérez le mantra comme votre propre substance, comme de la matière physique, psychique et émotionnelle. En somme, votre nouveau corps ! Et continuez ! Absorbez l’apparence de Târa et la substance de la lumière que vous avez installée. Apparences et lumière sont indissociables, n’est-ce pas ? C’est très facile : si vous ne vous occupez plus de votre corps et de vos pensées, le mental cherche naturellement un nouveau corps et de nouvelles pensées, et il ne trouve ici que le son, l’image et la lumière. Vous êtes cela et c’est tellement léger, pur, sans souci !

Il y a quatre mouvements de base dans le japa : le son tourné vers soi, le son intime en soi, le son du silence, le son tourné vers l’autre. Ces quatre mouvements sont importants, surtout quand on débute. Pour obtenir les « pleins pouvoirs » du mantra, on doit accomplir une boucle complète en explorant et vivifiant tous les plans de l’être traversés par ces mouvements. Ensuite, tout sera facile et spontané. Commençons donc par l’extérieur : frappez donc à la porte de votre cœur.

Hina-Vacik – Chanter à haute voix pour soi. Chantez, puis récitez à haute voix aussi longtemps que vous en ressentez le besoin. Cela peut requérir plusieurs mala, ou même des milliers, ça dépendra de chacune. Écoutez le son. Imaginez que vous chantez pour quelqu’un d’autre. Au début, c’est facile, on se dit « je chante pour Târa ». Bon ok, un petit peu, mais au bout d’un moment vous devriez aller vraiment plus loin. Et vous mettre à la place de Târa, être Târa en train de vous écouter. Autrement dit, soyez schizophrène et échangez votre corps avec celui de Târa, y compris les emmerdes tant qu’à faire ! C’est important : ne vous écoutez pas vous-mêmes (il y a déjà tellement de gens qui font ça) mais échangez carrément les rôles. C’est la meilleure méthode pour « s’écouter » car à ce niveau-là l’ego ne suit plus et il se met en chômage partiel (et plus si affinités). Laissez le rythme s’accélérer de lui-même.

Upāmsa – Chuchoter (comme les amoureux). La parole est ce qui unit les êtres. C’est une vibration qui permet de rapprocher les cœurs. Je veux dire que, plus les cœurs sont éloignés les uns des autres, plus on doit crier pour les rapprocher, c’est le fonctionnement de la colère. Plus les cœurs sont proches, plus on parle doucement, parfois jusqu’au silence s’étalant dans une œillade amoureuse, c’est le fonctionnement de l’amour capable de s’épanouir jusqu’à la transcendance. Cela se passe également de cette manière avec le mantra. Alors, ne forcez rien : laissez cela survenir et s’installer. Chuchoter signifie que votre cœur se rapproche de lui-même, ou bien que votre cœur se rapproche de celui de Târa, c’est la même chose car en essence vous êtes Târa (l’énergie créatrice de la Perfection Primordiale). Dans cette étape, vous seules pouvez entendre votre voix. Le son ressemble au bourdonnement d’un essaim d’abeilles ou aux gazouillis des amants. De nouvelles émotions peuvent se lever, plus profondes et moins identifiables. Continuez ! Il se peut que vous ressentiez de l’amour sans bien savoir si vous en manquez ou si vous en avez trop à donner. On s’en fout, continuez ! Il se peut que le rythme du mantra s’accélère encore car il y a moins d’implication physiologique pour produire le son. En revanche, l’implication émotionnelle est plus importante : donc vous ne devez ni perdre le rythme ni relâcher l’attention.

Mānasa – Chant mental. Enfin, vous n’avez plus envie de « bourdonner » ! Ça vous demande soudain trop d’effort et génère presque de l’agitation… Alors le son audible s’efface et devient seulement mental. Le passage est délicat : si vous manquez de concentration vous allez perdre le mantra et après un bref moment de silence entrer dans de la discursivité mentale ou au contraire dans de l’égarement, ou même vous endormir. Soyez donc attentives et ne vous forcez pas à entrer dans le silence. Pratyahara (le retrait des sens), ça n’est pas se couper des sens (et de leurs objets tels le son acoustique) mais aller vers la dimension mentale de ce qui est, puis encore au-delà. Et ici vous devez entrer dans l’espace psychique du mantra : il faut donc le réciter de manière effective et maintenir le japa dans l’esprit. C’est seulement plus tard que vous serez dans l’énergie pure du mantra. L’énergie pure n’est pas « rien ». Quand le son mental s’évanouit, il reste l’énergie pure qui devient présente et évidente, comme un « silence turbulent ». Et quand cette énergie-là s’apaise à son tour, elle perd toute direction et la conscience est baignée dans un simple un champ informationnel (qui est la géométrie de Târa en tant que Prakriti) où Vide et Apparences dansent et s’entrelacent. Mais bon, je ne vais pas vous faire un guide touristique, hein ? C’est à vous de rester en selle sur le cheval (le mantra) et d’aller jusqu’à la partie la plus intime de votre être. Alors continuez ! Chevauchez !

Maha-Vacik – Chanter à haute voix pour tous. Soit vers la fin du mala si vous en utilisez un, soit quand vous ressentez que la conscience s’ouvre vers la totalité, soit quand des distractions refont surface, c’est le moment de chanter ou proclamer quelques mantra à haute voix. Ces derniers mantra sont à destination des êtres chers et des ennemis. Ces sons-là ont un pouvoir extraordinaire car ils sont nourris de « votre » conscience primordiale qui est pure, sage et amoureuse à la base et de la grâce même de l’Aryâ Târa. Laissez cette puissance ébranler le monde et envoyer des salves d’amour et d’assistance dans toutes les directions de l’espace. Ce pouvoir ne vous appartient pas, il est en lui-même le fonctionnement normal de l’Univers. Vous vous êtes seulement syntonisées avec cela, comme on ouvre la porte d’une prison ou la fenêtre dans une pièce obscure, remettant la liberté et la lumière au centre du terrain, c’est tout. Si vous effectuez une pratique d’accumulation (challenge quantitatif de récitations), ne comptabilisez pas ces derniers mantra et n’en faites pas trop. Une dizaine suffit.

Bien qu’il existe d’autres façons de pratiquer, c’est ce que je vous recommande pour débuter. Évidemment, les mantra chuchotés ou mentaux ont aussi un impact sur les êtres, mais dans un premier temps il importe que vous développiez une expérience objective du son et de l’énergie de Târa. Cela vous permet d’effacer le disque dur de vos problèmes au lieu d’ajouter encore des applications qui risquent de faire buguer votre ordinateur ! Tout va se reconstruire tout seul et vous découvrirez l’espace infini d’amour qui a toujours existé en vous, de même pour la Connaissance. Cela rayonnera, naturellement.

A l’autre bout du chemin, il y a encore vous comme bouddha dont la seule présence suffit à soigner et réconforter. Cet autre bout du chemin n’a pas de réalité spatio-temporelle. En fait, vous y êtes déjà, c’est vous ! Enfin… pour l’instant, c’est Târa qui puise et restitue la Grâce pour vous. Fainéantes ! 😉

Petits secrets entre…

OM – le son de la Totalité du Cosmos, le mantra des mantra, le beej-mantra d’où surgissent tous les autres phonèmes. Il est donc fondamental. Cela signifie que le reste du mantra de Târa doit être éprouvé comme des grappes de raisins accrochés à la « vigne primordiale ». Techniquement, vous devez marquer ce son, sans exagération, et exprimer les autres sons comme étant des éléments caractérisés do OM. Ça doit se sentir dans votre façon de chanter ou de réciter. En même temps que vous dites TARE TOUTARE TOURE SWAHA, vous entendez OM qui se tient en filigrane comme la vibration d’un bol ou d’une cloche réactivée au prochain mantra. D’ailleurs, ça peut vous aider de vous accompagner d’un bol que vous activez à chaque OM (seulement pour les premiers mantra, restons dans la simplicité).

TAR – Ce son est très présent dans le mantra. Il est évidemment le son de Târa. TAR marque une rupture, une coupure, un changement de paradigme. Quand vous dites « TAR », vous dites « c’est Terminé ! On pAsse A Autre chose. RRR ! » Le pouvoir de TAR est celui de la cessation d’une situation, d’une pensée, d’une émotion, d’une croyance, toute forme de manifestation personnelle et transpersonnelle qui ne serait pas juste, ou alignée avec le fonctionnement global du Cosmos. C’est ce qu’induit le son « T », plus particulièrement. Le son « A » crée l’ouverture, la spacialité de la conscience. Il n’a aucune direction, aucune intention, c’est le son non-fabriqué et spontané, d’ailleurs celui que nous (sans exception) émettons en naissant, en jouissant et en mourant. L’ouverture est permise par l’absence de contrôle et de limitation. Enfin le son « R » est le rayonnement, la radiance, la propulsion… (RA, le Soleil) L’espace ayant été ouvert et reconnu, l’énergie du A (Kundalini-Shakti) peut se déployer, ce qui est le rayonnement et donc une reconstruction. Reconstruction de quoi ? Sa propre extension qui est « harmonie parfaite de tout » et non celle de votre esprit malade. C’est en ce sens que les peurs et les maladies sont éradiquées. En fait, elles sont désamorcées faute de pertinence ! Le fonctionnement de TAR, ce n’est pas de la psychologie mais de la physique.

La suite de ces explications une prochaine fois. Ça fait déjà beaucoup…

Pour finir, voici une petite vidéo complémentaire pour que vous ayez quelques idées de récitation en lien avec ce qui a été dit précédemment.

Bonne pratique et à bientôt !

Navjeet


 

 

2 Comments

  1. attia

    Depuis ta suggestion de mantra, j’étais très appliquée et voila que déjà tu me déloges de mon confort !!! alors merci navjeet de toutes ces précisions nécessaires que je vais devoir lire et relire de nombreuses fois surement ! pour aujourd’hui, ce sera avec vidéo !

    1. Yogi Navjeet

      Bonjour Anne, et toutes ! Tu peux rester appliquée et suivre ton intuition. 🙂 Toutes ces informations supplémentaires, c’est pour aller plus loin et aussi pour vous aider sur le parcours de plus de justesse s’il est besoin. Il n’en demeure pas moins que seule l’expérience personnelle valide les merveilles du mantra, est sensée et enrichissante.

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