Le courage de Vajrasattva

Un petit mot d’encouragements pour celles et ceux qui se sont lancés dans la pratique de Vajrasattva…

Cette sadhâna est vraiment particulière. Elle n’exige pas d’être saint, ni même d’avoir des intentions louables. C’est une pratique pour « égoïstes ». Je veux dire destinée à une personne qui a suffisamment d’estime de soi pour reconnaître qu’elle est importante ou appréciable à ses propres yeux, ou bien désireuse de se ressentir ainsi dans un futur proche.

Certainement que dans un second temps elle vivra avec délectation la réalité de la non-différence de son être propre avec la totalité du Cosmos qui ne comprend pas seulement des humains, mais aussi des êtres sensibles minéraux, végétaux, animaux, stellaires… Viendra alors la grande sagesse et le grand amour simultanément confrontés à Cela-Qui-Est.

Vajrasattva est un enseignement du Bouddha. Je dois le dire, ce qu’à enseigné Bouddha est très particulier. Il n’y a aucun autre équivalent sur cette planète, ni au-delà. Et cela en dépit des tendances syncrétistes imposées par la culture mondialiste ambiante. Si vous faites Vajrasattva, vous êtes à contrecourant de tout.

Shakyamuni – le Tendre Père

D’ailleurs, le Bouddha (Shakyamuni) est lui-même très particulier car il est le Bouddha de notre ère. Il n’y en a pas d’autre assumant ce statut un peu spécial. Cela ne signifie pas qu’il n’existe aucun autres bouddhas, bien au contraire, mais que ce rôle d’éveillé référent du Kali Yuga lui est revenu par la grâce de ses vœux antérieurs. Nous n’avons pas besoin de nous charger d’une telle responsabilité. Il nous suffit de manifester ces mêmes vœux et simplement de nettoyer le miroir de notre esprit malade pour libérer notre propre boudhéité. Ça fait beaucoup moins de travail ! Après, vous verrez bien si vous pouvez prendre en charge un univers entier comme Lui… 😉 Je pense que oui. Chaque être humain a la capacité de créer ici-même un univers complet, pur, aimant et libre et pouvant accueillir tous les émigrés du samsâra pour qu’ils se reposent de leurs souffrances avant de repartir vers le grand éveil.

De même, la pratique de Vajrasattva est-elle particulière. Nul besoin de connaître en détail le yoga, la méditation, ni même l’entraînement disciplinaire de l’esprit. Ces aspects du Sentier prennent place automatiquement au cours de la pratique. Par exemple, le fait de rester concentré sur le mantra, la visualisation, la qualité du son, éveillent votre capacité de dharana, base de la méditation. Ou encore, la phase de dissolution de la visualisation est tellement simple et facile que vous êtes sans effort en dhyâna, voire en samâdhi ! Et pendant que vous faites Vajrasattva, vous avez une chance que les journaux télévisés ne puissent déverser leurs immondices dans votre esprit.

Dans les ordres monastiques, on considère un peu trop souvent Vajrasattva comme une pratique de réparation des manquements aux vœux sacrés (samaya). C’est très bien, mais un peu limité. Du point de vue du yoga tantrique, Vajrasattva est le Sentier tout entier : les voiles obscurcissants se lèvent et la Claire-Lumière commence à se montrer. C’est important de comprendre que, ultimement, aucun sentier ne conduit à l’actualisation de notre propre état de bouddha. Néanmoins, si vous n’empruntez pas le sentier, vous restez sur place à gémir des affres du samsâra. Pour que Vajrasattva vous aide à réaliser que vous n’allez nulle-part, vous devez y aller ! Lorsque vous vous nettoyez devant un miroir, regardez bien : avez-vous changé ? Êtes-vous une nouvelle personne ? Non, bien sûr.

De plus, la plupart des personnes qui pratiquent Vajrasattva suite à notre rencontre n’ont pas de samaya, mais seulement le désir d’aller mieux ou de d’être un peu plus éveillées. Elles considèrent moins le fait d’avoir « quelque chose à réparer » que celui de se débarrasser de conditionnements oppressants. Et c’est très bien aussi. Et de toute façon, nous sommes dans un état où il y a tellement de choses à réparer…

Sacrée causalité

Le seul (petit) vœu sacré nécessité par la pratique de Vajrasattva est l’engagement des 100.000 mantra. Je voudrais éclaircir le sens de cet engagement du point de vue de la causalité qui est une loi universelle fonctionnant tant sur le plan de la physique que sur celui de la psychologie de l’être.

« Cause (amenant un) effet » est une vision de cette loi couramment répandue, et elle me semble réductrice, voire simpliste. En réalité, la cause et l’effet sont indissociables. C’est le sens même du principe de la causalité. C’est donc ici une expression théorique, comme par exemple pour le principe de la force gravitationnelle ou de la force nucléaire. Il faut en faire l’expérience. Pour nous, l’expérience de la causalité passe par deux autres facteurs tout aussi importants : le contexte et la rétribution. Ce que de nombreuses personnes désignent par « effet » est en réalité la rétribution, c’est-à-dire l’actualisation dans le réel du principe de causalité. Quant aux influences extérieures, ce sont elles qui permettent cette actualisation. Et, étant donné que ces influences sont toujours différentes dans le temps et l’espace, les rétributions sont également différentes dans l’objectivation des « causes-effets ». La notion de karma rappelle toutefois que l’initiateur d’une cause sera indéfectiblement le récipiendaire de sa rétribution en même temps que cette cause constitue le fonds des influences externes pour tout ce qui est autre que lui-même. Ce fait démontre également l’interdépendance de tous les êtres et phénomènes entre eux.

Pardon pour tant de théorie, mais il est important d’étudier le fonctionnement de la causalité du point de vue du samsâra. Bien entendu, du point de vue de l’éveil, tout cela n’a aucun sens. A vous de savoir si en ce moment vous êtes dans l’éveil ou dans le samsâra et de vous ajuster par rapport à cela. Ne soyons pas fanatiques au point de mépriser ce monde relatif en survalorisant l’éveil ou au contraire au point de nier le nirvâna en raison de notre inscience et/ou de notre addiction au monde illusoire.

Restons donc dans ce monde relatif pour l’instant. Lorsque vous décidez de vous engager dans la sadhâna de Vajrasattva, cela est une cause. La cause et l’effet étant indissociables (en tant qu’ils sont de même nature), on peut dire qu’à l’instant même de cet engagement, le résultat est potentiellement présent. Le résultat potentiel est l’effet. Lorsqu’il sera avéré, ce sera la rétribution. Quant à la principale influence extérieure, c’est votre japa, la récitation. Si l’on abandonne cet engagement, on détruit automatiquement l’effet et par conséquent toute probabilité de la rétribution envisagée. C’est une forme d’auto-sabotage. Mon expérience du yoga est assez suffisante pour que je puisse affirmer que notre premier réflexe dans le samsâra est le sabotage : nous ne voulons pas nous libérer, être heureux et lumineux, et faisons d’innombrables efforts pour ne pas réussir. Pourtant nous sommes et nous savons…

C’est ce que je constate tout autour de moi. Ce fut aussi moi expérience. Adolescent, lorsque j’ai commencé à ressentir que le bonheur et la liberté étaient « réellement » possibles, j’ai été effrayé, terrorisé au point de ne plus pouvoir bouger, penser, dire ! Il a fallu du temps pour que j’accepte le fait que l’éveil est une réalité fondamentale, une condition structurelle de l’être et non une carotte spirituelle méritée dans la douleur (et inaccessible). Il a fallu du temps pour reconnaître mon addiction à la souffrance, les petits plaisirs narcissiques que me procuraient mes gémissements perpétuels émaillés d’efforts « sanctifiables » et non moins surhumains et autodestructeurs. Il a fallu du temps pour entrer dans le non-effort et la reconnaissance de ma propre perfection.

Irrationalité du suicide

Et aujourd’hui mon chemin croise souvent celui de personnes qui s’engagent dans cette pratique incroyable et abandonnent dès les premiers mantra. Pourtant, et comme j’ai tenté de l’expliquer, la rétribution éveillée est déjà présente, ce n’est qu’une question de temps. Il y faut un peu de courage et de patience. Nous avons choisi d’exister dans cet espace-temps justement pour faire l’expérience magnifique de la perfection originelle d’une façon individuelle. Alors, pourquoi s’en priver maintenant ? Que signifie cette sorte de suicide ? Et à quoi bon s’en remettre à un improbable demain ?

Du temps, nous n’en avons pas, ou plus. Nous arrivons à la fin de cette civilisation, et aussi à la fin des conditions favorables et de la liberté. Celles et ceux qui attendent un nouveau monde, plus juste et aimant seront englouties avec les miasmes de l’actuel. C’est cela la causalité : attendre avec de bonnes intentions a pour résultat que la vie te dise au final : « Dommage pour toi, c’était bien tenté ! » Ils nous revient de co-créer ce nouveau monde. C’est une incroyable opportunité. Pardon, je m’emporte…

Vajrasattva n’est pas une prière, c’est une sadhâna. Dans la prière, on demande à un être supposé supérieur des avantages en nature qui évidemment n’arrivent jamais ou alors un peu par hasard puisque, de toute façon et quoiqu’on fasse ou espère, il se passe toujours quelque chose ! A ce propos, il est étrange de passer son existence à quémander et négocier encore et encore les mêmes friandises contre vertus. Quand la cause est posée, le résultat est là en puissance. A quoi sert donc de re-demander ? N’est-ce pas un manque total de confiance ? Et c’est plutôt inconvenant envers le dieu en question ! Mais laissons cela, la sadhâna n’est pas concernée par ce niveau de fonctionnement. La sadhâna est l’application objective du principe de causalité et cela se passe entre soi et soi. Rien ni personne ne peut intervenir. C’est intime, secret et aligné sur les lois cosmiques. On reconnaît et accepte le fait édifiant de sa propre boddhéité et on l’actualise. Disons que c’est une mise à jour de l’application « Fondamental-Buddha » : cette application a toujours été présente, mais « samsâra » signifie qu’elle est maintenant obsolète et qu’on doit faire cette putain de mise à jour !

Vajrasattva – Global-Eradicator

Vajrasattva était enfermé dans une tour de fer et le Bouddha l’a libéré et demandé de libérer tous les êtres. C’est ce qu’il fait depuis ce temps. C’est ici une explication pour les puérils qui ont besoin de contes édifiants et encourageants pour avancer. En réalité, Vajrasattva est notre propre esprit insaisissable, pur et lumineux comme la foudre adamantine (vajra). Bouddha est encore notre esprit en ce qu’il a d’universel ou de cosmique ou de transpersonnel. La tour de fer est le blocage de l’esprit empêtré dans ses croyances limitantes et ses conditionnements, tellement épais et opaques qu’on ne peut y voir au travers, ni expérimenter la tendresse de son matériau.

Par ailleurs, et c’est encore une particularité exceptionnelle de Vajrasattva, chaque mantra est supposé effacer d’innombrables causes potentiellement toxiques et accumulées depuis des temps incalculables, et bien logiquement, les obstacles à venir. Cela, vous ne le voyez pas durant la sadhâna et ne le comprenez qu’à la fin, lorsque la lumière commence à se montrer. Bouddha dit : « Vous saurez le temps et le lieu où vous avez craché parterre ! » Cela ne signifie pas que vous allez tout voir et tout comprendre de façon objective, et ça n’a d’ailleurs aucun intérêt. Vous allez « sentir » et « vivre », ce qui est bien plus nourricier et spacieux. Je sais que la mode est à l’investigation de de la psyché fondée sur une croyance vaguement psychanalytique que la connaissance des causes nous libèrerait. Ou pire, au fait de triturer l’inconscient au point de vomir ses émotions comme un mort-vivant en furie. Soyons sérieux. Combien de temps faudrait-il à un être pour connaître toutes ces causes de souffrance accumulées depuis plusieurs cycles de création et de destruction de l’univers ? Quand donc sera-t-il libéré ? Connaître les causes dont la germination n’a pas encore eu lieu n’a pas de valeur sotériologique puisqu’elles sont « éliminées dans l’œuf » par Vajrasattva. Ca ne signifie pas que vous puissiez échapper à la responsabilité de vos actes mais que vous pouvez sortir immédiatement des processus de réitération et de leurs schémas toxiques. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on souffre parfois en pratiquant Vajrasattva. Mais quand on réalise ce qui est réellement en train de se passer, une ineffable la joie nous envahit. Si vous ne comprenez pas ce fonctionnement, cela fait une raison de plus pour perdre courage.

Alors, ayez confiance et étudiez la vie des grands maîtres. Demandez aussi à celles et ceux qui ont accompli les 100.000 récitations. Réfléchissez au moins jusqu’à la conscience de la nécessité impérieuse et urgente de sortir du système samsârique. C’est également un système co-créé, avec ses codes, ses croyances, ses ambitions et ses peurs, et le tout construit sur un consensus et non une réalité en soi. Ce n’est pas le Soi, ce n’est pas le Réel, ce n’est pas Cela, juste une bonne blague qui ne nous fait pas forcément rire en même temps qu’elle nous offre l’opportunité extatique de nous taper sur les cuisses…

Jay ! Jay !

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