Adi Yoga – la caverne d’AdiBaba

Bientôt reprennent les ateliers d’Adi Yoga. Je tiens à partager quelques réflexions, notamment parce que ces ateliers me tiennent très à cœur.

Tout d’abord pour celles et ceux qui ne connaissent pas l’Adi Yoga et pour ce que cette expression signifie, je dois donner quelques explications rapides.

L’Adi Yoga est une approche radicale et définitive de la nature de l’esprit à travers un ensemble de pratiques corporelles et mentales. Il prend place dans l’expérience de la spontanéité et de la simplicité de l’esprit. C’est la plus haute réalisation que puisse atteindre un être humain.

La Porte des Étoiles

Dans la tradition du Dzogchen qui le porte, il s’agit de la neuvième et dernière étape (ou véhicule) d’un chemin graduel. L’Adi Yoga que je transmets n’a pas forcément à voir avec la totalité de l’Ati Yoga du Dzogchen car on doit être préparé à aborder ces pratiques faute de quoi elles seraient inutiles. Or, je m’adresse à des personnes qui n’ont pas forcément passé une ou deux dizaines d’années à méditer dans les grottes de l’Himalaya avant de s’intéresser à ce Yoga ! Il est évident que cet enseignement doit être adapté à des Occidentaux dont l’esprit n’est pas tordu de la même manière que les anciens yogis et yoginis d’Orient. De plus, en tant que Yoga Tantrique, l’universalité de l’Adi Yoga se révèle précisément en-dehors du conformisme intellectuel, social ou religieux. Ces cadres constituent d’ailleurs un important obstacle.

Tout être humain est doté des qualités fondamentales de l’état éveillé et ces qualités peuvent se révéler à tout moment. C’est pourquoi je partage ces trésors de l’Adi Yoga. Oh ! Pas tous les trésors mais ceux qui sont nécessaires dans l’instant. Vous êtes le parfum de ces trésors car ils émanent du cœur de l’être, de votre être, et non d’un dieu ou d’hypothétiques instructeurs. Quant à moi, je ne suis pas un VRP du développement personnel, c’est le moins qu’on puisse dire ! De plus, vous n’avez certainement pas de temps à perdre pour vous plonger dans le consumérisme du bien-être spirituel ou autre, ce qui vous desservirait de toutes les façons.

Malgré ce travail d’adaptation de la pratique aux mœurs et mentalités de notre société, j’ai préféré conserver ce terme « Adi » précisément parce qu’il se réfère à notre réalité primordialement éveillée et non à un sommet que nous voudrions atteindre, ni même à une quelconque transformation de soi.

L’Adi Yoga est une porte qui s’ouvre là où vous êtes, sans besoin de quête ni de performance. Et vous êtes l’Étoile.

Le message du Yidam

Le Yidam (Inanamudra en sanskrit) est la divinité tutélaire d’une yogini, d’un yogi, ou tout autre chercheuse ou chercheur spirituel, en très résumé : l’émergence non-physique de la Sagesse Fondamentale. Le Yidam est un aspect du niveau intime et élevé d’un être, une « incarnation spirituelle » de son essence évoluant dans les plans subtils de sa conscience, ce qui est très important s’il cherche une guidance le sortant des états confus et hallucinés du samsara. Ce n’est pas une création de l’esprit mais une manifestation de la nature de l’esprit.

« Toute personne peut rencontrer et (re)nouer avec sa divinité ». Ah! Je sais que vous préférez ce langage un peu plus romantique… 🙂

Les messages que je reçois constamment de mon Yidam font écho à cet éveil fondamental si bien caché. Je ne tiens pas à rentrer dans les détails car on peut dire que c’est un peu de l’ordre d’une relation amoureuse. Cette relation que je vis depuis fort longtemps avec le Yidam n’est pas extraordinaire, je tiens à préciser cela. C’est à la portée de chacun. Au contraire, il me semble aujourd’hui que rien n’est plus ordinaire et sain. Et en même temps c’est merveilleux ! Il y a de la tendresse dans ce partage transcendant, des interrogations et autant de magnifiques absences de réponses que de réponses, du maternage et des déceptions, de l’apprentissage de la vacuité et de l’amour, des frémissements de joie et de la bonté innocente…

Dans le cadre du Samaya (vœux tantriques), il est interdit de révéler le nom, l’aspect ou encore le mantra de son propre Yidam. Et comme je suis déjà assez transgressif pour ne pas en rajouter, je maintiens donc les cachoteries à ce sujet, mais vous ne seriez vraiment pas douées si vous ne trouviez pas ! Bref, mon Yidam est l’être qui me tient en vie et fait de mon existence une joie sans pareil, une existence ornée et entourée de tant d’êtres qui m’aiment et prennent soin de moi. C’est tellement bon, spacieux et même opulent que je ne sais vers qui, vers quoi faire porter ma reconnaissance tant il est de « mercis » à dire ou à montrer.

La divinité me guide sans que j’ai quoique ce soit à demander, aucune question à poser, aucun deal à imposer. Je suis et vis dans l’obéissance, l’obéissance au Guru, qualité essentielle et déterminante d’une yogini ou d’un yogi bien que cette qualité soit difficile à trouver dans nos contrées. C’est la manière de vivre des Siddha, l’offrande totale de soi à Cela-Qui-Est. Même en tant que crétin, je sais que cette dévotion est le chemin le plus court et le plus direct, et j’en témoigne, le plus merveilleux.

Le plus important est ceci : le Yidam (ou le Guru sur un plan non-humain) me commande de transmettre Ses enseignements, humblement, sans tricherie, et le plus spontanément possible. C’est ce que je fais. Et c’est la raison de ces ateliers.

Lorsque j’ai commencé en 2007 à enseigner la méditation et les Six Yoga de Naropa, c’était de ma propre initiative. C’était important, surtout pour moi, pour réaliser ma destinée en accord avec mes maigres capacités, mais aussi pour satisfaire mon « ego spirituel » et me persuader que j’étais important, voire unique. Seule ma fille venait à ces ateliers et elle ne manquait jamais un atelier. J’étais fier d’elle ! Puis un an plus tard, de très nombreuses personnes ont commencé à nous rejoindre. Bien qu’en réalité elles venaient plutôt consommer des « shots spirituels », j’ai vite compris que j’en étais un peu responsable et faisant leur jeu : je ne restituais que les aspects agréables du Dharma et du « Yoga Facile ». C’était une attitude à la fois gentille et passablement névrotique. Elle est fréquente chez les enseignants. Il faut vraiment s’éveiller pour s’en débarrasser.

Je n’écoutais pas le Yidam à cette époque et me contentais de jouir des extases mystiques et des explorations subtiles de la conscience. Mais il m’a très vite rappelé à l’ordre et dit en substance : « Arrête tes conneries ! Maintenant c’est moi qui commande. » Alors, avec un peu les pétoches, j’ai obéis et commencé à parler juste, sans mentir ni séduire, à parler de réflexion profonde et honnête et d’engagement, à montrer ce qui doit être charcuté, jeté, abandonné, ouvert et caressé… Et ? Tout le monde est parti ! Après quelques moments d’étonnement (non, en fait j’étais atterré !), je me suis senti soulagé. J’ai réalisé que je n’avais désormais plus à me soucier de quoique ce soit, juste continuer à obéir et maintenir ma confiance dans le divin.

Aujourd’hui, les oreilles de mon cœur sont grandes ouvertes, et ma langue s’agite toute seule ! Pas d’ambition, pas de but, pas de challenge, pas de craintes, remords, espoirs… tout ce fatras. Je suis libre, disponible et vis la grâce de l’abandon au divin. Je n’ai besoin de rien, et si j’enseigne l’Adi Yoga, cela ne vient pas d’un projet ni d’un besoin. C’est juste une façon de baiser les pieds des êtres. Mon Yidam me traîne par la main et je suis.

Rares sont les personnes attirées par de tels enseignements, plus rares encore celles capables de les appliquer. C’est un peu comme se promener avec une citerne remplie d’eau fraîche dans un désert déserté… Tu arrives dans une oasis : tout le monde est là, buvant du coca !

Je ne suis pas compétent pour enseigner la bonne façon d’enjoliver votre vie insatisfaisante et proposer des pis-allers. Il y a plein de thérapeutes qui font cela très bien. Et, je l’ai dit, je ne suis pas aux commandes. Je suis seulement compétent en tant que ce transmetteur des trésors de mon Yidam et m’en tiens donc à cela. Ça s’adresse certainement à qui voudrait mettre un terme radical à l’insatisfaction de sa vie. Par conséquent, je crois que je peux affirmer que celles et ceux qui pratiquent sérieusement l’Adi Yoga ne le font pas par hasard et sont calibrés pour s’éveiller dans cette existence ou au moins au moment de la mort. N’est-ce pas merveilleux ? C’est à vous de savoir si vous avez cette trempe. Mais vous ne pouvez pas le savoir sans essayer. Votre intelligence, votre désir ni même votre intuition ne vous donneront la réponse. Et moi non plus.

Pas de tuyau pour l’Absolu

Pour prévenir toute interprétation à la mode, la vie divine avec le Yidam n’a rien à voir avec ce qu’on désigne par « canalisation ». Je ne suis pas connecté à un de ces dieux donneurs de leçons à cette pauvre Humanité (qui soit dit en passant mérite ce qu’elle a cherché). Non, le Yidam est une présence pure et totalement illusoire, comme vous, moi et toute la Maya. Il est semblable à l’espace ouvert, le terrain fondamental de l’être. Son corps est vaste comme le grand ciel, ce qui est la mesure de l’esprit dans sa réalité primordiale. La Sagesse Fondamentale ne peut passer dans l’étroit tuyau d’une canalisation. Au contraire, elle est là, disponible, s’offrant en tout et partout. Il suffit de se servir. Encore faut-il avoir des mains. Oui, c’est cela : l’Adi Yoga consiste à se baisser pour ramasser.

Chaque être existe sur des milliers de plans de conscience. La vision matérialiste n’est qu’un seul de ces plans. Quand la pensée reste focalisée sur la matière, la conscience est comme emprisonnée dans une haute tour dans laquelle seule serait aménagée une petite meurtrière. La joie du corps, l’amour, le plaisir, l’abondance et le pouvoir, bref l’incarnation bienheureuse devraient être une récompense naturelle et spontanée de la vie divine et non une quête sans fin comprimée par l’ambition, l’irritation et la soif inextinguible.

La caverne d’AdiBaba

Voilà les petits messages qui disent et expliquent pourquoi je considère ces pratiques comme parties d’un trésor, un trésor d’éveil et d’amour. Je suis content d’avoir effectué ce dévoilement, même si ça fait un peu pompeux.

Je ne cesserai de porter les trésors d’éveil de mon Yidam et m’attends à ce que vous veniez nombreuses à pratiquer avec moi. Quoique les fantômes, les arbres, les oiseaux et les étoiles adorent ces enseignements, ils sont quand-même arrangés pour les humains, car ils en ont bien plus besoin ! 😉

Essayons ensemble de plonger nos mains dans la caverne d’Adibaba ! D’ailleurs, vous pouvez commencer juste par un index sur ce lien…

Om Shanti !

Navjeet

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