Vajrasattva – archétype de la décroyance

Voici quelques explications sur la pratique de Vajrasattva.

Des choses que vous n’entendrez ou ne lirez pas souvent

Il y eut au cours de l’Histoire différentes approches de cette sadhâna. Du point de vue du Yoga, Vajrasattva est plus qu’une pratique d’auto-purification visant à réparer les dommages, physiques et psychologiques qu’on s’inflige soi-même sous l’effet des poisons qui nous gouvernent (l’ignorance, l’attachement, la colère, l’orgueil, la jalousie).

Se débarrasser de ces profonds conditionnements nous permet de mieux vivre et réduire les souffrances et les désastres qu’ils engendrent. Mais la manière d’effacer ces poisons n’est pas celle d’une « super crème nettoyante spirituelle » ! C’est une pratique tantrique fondée sur notre état primordialement bon et éveillé. Nous avons besoin d’entrer en communication avec cette situation éveillée de la Base et la bonté fondamentale qui en est indissociable. Pour le moins, Vajrasattva nous aide à devenir de bonnes personnes dans le samsâra, ce qui est déjà formidable.

Cette Base fondamentale, la nature de notre esprit, est comparable à un trésor comme un morceau d’or pur recouvert d’une crasse épaisse. En réalité, il s’agit de très nombreux voiles amalgamés. Chaque voile est ténu et léger, mais son accumulation depuis des temps immémoriaux se présente comme une chape de plomb impossible à soulever. Chaque mantra dissipe un de ces voiles. Il faut du temps mais on réalise rapidement que la purification s’accroit et s’accélère de façon exponentielle.

A un niveau ultime, il est dit que même le karma est le Dharma. Autrement dit, les actes négatifs et les souffrances engendrées à leurs suite ne sont pas négatifs en soi, ou en essence. Et de même pour les actes positifs. Nous devons comprendre qu’il existe un « au-delà » de cette dualité, et nous relier à quelque chose de plus fondamental. C’est ce qu’on nomme La Base Fondamentale, ou encore la Claire-Lumière, non-née, non allante ni venante, inaltérée et inaltérable, et continument présente, brillante, vibrante… C’est ce que nous sommes vraiment, et le propos est d’en faire l’expérience intime, de réactualiser la jouissance de cette réalité cachée. Tout ce qui paraît est fabriqué par l’acte de concevoir, non pas que cela n’existe pas, mais que cela se manifeste transitoirement en raison de l’interdépendance des phénomènes. Ce ne sont que des bases d’imputation de notre propre mental s’élevant en coopérativité de toutes choses et formant une histoire dont l’illusion d’une « réalité en soi » est le thème central. Cela ressemble à un film projeté sur un écran de cinéma : des clichés se succèdent, créant une histoire, une fiction que chacun prend pour réel tant qu’il en ignore l’intime processus.

Le film de ta vie…

Pratiquer Vajrasattva est comme découper une à une les images de la bobine, ou bien projeter ce film assez lentement pour réaliser qu’il s’agit d’images fixes associées entre elles. Chaque mantra est une image qui nous rapproche de la vision de Ce-Qui-Est. Et nous sommes tellement stupides qu’il nous faut bien renouveler cent mille fois ou plus l’opération pour commencer à comprendre. Il nous faut expérimenter et traverser la vanité de l’histoire elle-même. Que peut être une chose vaine sinon une non-chose ? Qu’y a-t-il derrière ? C’est effrayant, non ? Et pourtant, quelle libération lorsque nous réalisons que le cauchemar du samsâra est une blague ! Quelle joie de retrouver la nature de son propre esprit et vivre en elle avec insouciance dans le frémissement de l’extase continue.

En Occident, il arrive que certains pratiquent Vajrasattva avec un mental emprunté de valeurs Judéo-chrétiennes, ce qui les conduit parfois à envisager la libération comme un salut, les manquements éthiques comme des fautes ou des péchés, les joies comme des récompenses et la pureté comme un idéal. Ce sont là des obstacles, des freins puissants, et peut-être les premiers à disperser. Et cela peut nous empêcher d’installer le cadre de la sadhâna et nous faire perdre beaucoup de temps.

…et Vajrasattva super star !

En tant que pratique de Yoga, Vajrasattva est une plongée directe, radicale et épurée dans la réalité personnelle, une « douche mystique » qui nous laisse nus et abandonnés à notre vraie nature. On se remue un peu, on génère la déité, on chante le mantra, on dissout la déité, et, éveillé on fait la fête ! C’est tout.

Il est possible de s’éveiller avec cette seule pratique. Elle est préliminaire au développement de l’investigation totale de la nature de l’esprit. Il n’y a rien à gagner et nous sommes très loin du marketing spirituel ambiant ! Bouddha n’était pas un homme d’affaire mais un homme de défaire. Il n’a jamais imaginé que la sagesse pouvait s’accumuler, ni même que quoique ce soit pouvait y conduire. Il enseigna à qui voulait l’entendre que chacun d’entre nous est Bouddha, fondamentalement, et qu’il n’y a qu’à se défaire de notre goût pour la douleur et des attitudes physiques et mentales qui maintiennent cette sorte d’addiction pour retrouver notre luminosité primordiale dans l’innocence offerte de Tout ce qui est. Il ne le dit pas à tous, car il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut entendre, mais cela est rapporté dans les grands sutra du Mahayana, de l’Ekayana et évidemment les tantra qui en découlent, dont Vajrasattva.

Dans la psychogenèse de chacune de nos pensées, nous quittons notre propre lumière, l’éclat de la conscience fondamentale dépourvue d’égo, attirés par la faible luminosité d’un soi singulier. Ainsi prend place l’engrenage de l’état confus (et de ses petites jouissances). Mais nous possédons pourtant cette connaissance primordiale, et de cet acte de séparation nait une irritation secrète et profonde qui jamais ne nous quitte. En effet, cela sonne un peu faux et nous le savons. D’actions en réactions, toutes aussi ignorantes, hypocrites, notre vie se construit sur cette frustration de base. Et le reste s’articule autour de cette émotion primitive, et inconsciente pour la plupart. Ce qu’on nomme « karma » n’est que l’incessant et dynamique enchaînement des actes, paroles et pensées fondés sur l’irritation née de la séparation de notre propre lumière. C’est cela que nous appelons « voiles » et que la sadhâna de Vajrasattva prétend ôter un à un, tel un excellent chirurgien. Avec chaque voile, un peu d’ignorance et d’évitement se dissipent et l’on retrouve la santé originelle, avec sa justesse, son à-propos, et la joie sans cause qui caractérise les êtres éveillés, le Bouddha que chacun est déjà.

Assez de bavardages !

Je rencontre souvent des personnes assaillies d’obstacles en tous genres, intérieurs et extérieurs, y compris celles qui pratiquent « mollement » cette sadhâna. Leur karma et ses flux continus les attaquent régulièrement. Elles souffrent et ne peuvent faire face autrement que par des réactions qui les conduisent à plus de souffrances et plus d’obstacles encore. Même lorsque les conséquences ne sont pas immédiates, quoique inéluctables, je trouve cela tellement dommage. C’est un gâchis d’éveil !

Référez-vous à votre propre histoire : vous êtes une femme battue et vous avez le courage d’aller porter plainte, et la police vous ridiculise, voire vous tabasse. Vous respectez l’argent, faites des économies, et plus vous économisez, plus vous perdez. Vous faites attention à votre mode de vie, mangez sain, bio et végétarien (etc) et déclarez finalement un cancer. Vous vivez dans la concorde et répandez la bonne humeur et les gens vous persécutent. A quoi bon, n’est-ce pas ? Combien de personnes joyeuses, bonnes, compatissantes se sont-elles finalement suicidées ? La vie n’est pas un long fleuve tranquille sur lequel naviguent de gentilles personnes toujours récompensés et des méchants mis hors de nuire. Face au karma, notre bonté et notre probité arrivent bien souvent trop tard. Il nous faut alors assumer. Et nous ne sommes pas égaux sur ce point, pas plus que sur les précédents d’ailleurs. Lorsqu’une personne désire s’émanciper définitivement et « rentrer à la maison », elle peut s’engager dans la pratique de Vajrasattva et ce genre d’obstacles disparait rapidement, laissant la place à plus de clarté, d’intuition et de joie de vivre. Et finalement l’opportunité de s’éveiller complètement et mettre fin au cercle vicieux du samsâra.

La première force de Vajrasattva est le regret. Dans notre monde de winners qui tente de s’opposer à « ceux qui ne sont rien », la notion du regret conscient ne signifie pas grand-chose. Pourtant, une personne qui ne peut défaire ce qu’elle fait n’a aucun pouvoir sur elle-même. La page blanche de l’esprit est indispensable à qui veut écrire son histoire, plus encore à qui veut atteindre la Libération.

Vajrasattva est extraordinairement ordinaire. Vous rentrez de voyage, plein de poussière, alors vous prenez une douche. Et ça va. Dans la douche, il y a le plaisir d’une sorte de rencontre avec la Déesse de l’Eau, et puis le contentement de la propreté. L’eau reste de l’eau, c’est ici le nectar de Vajrasattva et il est inaltérable. Quant à la propreté, celle-ci n’est pas le contraire de la saleté mais son absence. On ne peut salir la propreté : c’est le message de Vajrasattva. Finalement, tout ce que vous pouvez vivre en croyant qu’il s’agit d’une malédiction est en réalité le résultat de vos croyances. C’est simplement cela le début de la purification.

Om Namah Buddhaya Jay jay jay !
Navjeet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *