T’as pas cent balles ?

Un jour, j’étais dans un groupe d’étude avec un Lama qui partage des enseignements très profonds sur les yoga du corps subtil. La coutume était de lui rembourser son voyage et d’ajouter un don pour l’enseignement avec un minimum. Une jeune femme se chargeait à chaque fois de collecter l’argent et de le donner au Lama. c’était plus simple que d’organiser des files d’attentes pour lui remettre directement. Je ne trouve pas cela bien car ça prive les gens d’un contact avec leur enseignant. Elle tenait donc des listes avec un pointage des montants pour le déplacement et pour l’enseignement.

Pour ma part, je trouvais qu’il ne gagnait vraiment pas beaucoup d’argent et qu’il devait même être de sa poche parfois. Je craignais qu’il se décourage et finisse par abandonner ces beaux et profonds rendez-vous. Il faut le savoir, beaucoup de lamas ont abandonné ces dernières décennies faute d’un minimum de reconnaissance de la part de leurs étudiants. Bref, j’avais préparé une enveloppe pleine de billets et glissé aussi une requête en forme de poème invitant le Lama à maintenir son engagement envers nous et lui avais remise personnellement.

Malheur ! J’avais (encore) enfreint une règle. La jeune femme est venue prendre la lettre carrément des mains du Lama en me disant : « c’est à moi que tu dois payer, sinon je ne peux pas gérer ! » Je lui répondis le plus discrètement possible qu’il y avait dans cette enveloppe largement le nécessaire et une lettre à caractère privé. Mais, rien à faire, elle ouvrit l’enveloppe qui vomit aussitôt tous les billets qui s’étalèrent sur le sol et à la vue de tous ! Cela sema la consternation dans l’assistance et surtout dans son esprit. Et le Lama, un léger sourire sur son visage, ne disait mot. Je pouvais lire dans ses pensées : « Pfff… Samsara ! Samsara ! »

J’étais en colère et jetais un regard furieux à la jeune femme. Elle faisait de son mieux, bien sûr, avec beaucoup de zèle. Puis ma colère se transforma en conscience et je compris que cette aventure était utile et nécessaire. Elle permit certainement aux autres de s’interroger sur leur propre générosité et j’espère de se demander s’il est juste que tout leur tombe tout cuit dans le bec.

Depuis, le Lama roule en Rolls ! (Non je rigole).

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