Ecole de Adi Yoga - Nantes et Ile de France
 
Jour 207

Jour 207

Je dois te dire que lorsque tu n'as plus de désirs, ni de haine, ni d'ignorance (dans le sens d'hypocrisie), ce n'est pas une condition souhaitable. Tout est morne, sans saveur, sans intérêt. C'est ce que je traverse. Les gens sur le Chemin pensent parfois que cette éradication signe la condition d'un saint, d'un éveillé, l'aboutissement de la Voie. On pressent souvent cela dans le discours de milieux bouddhistes.

Pour moi, cette absence de désir, haine, etc. est synonyme de mort, ni plus ni moins. Un prétendu sage qui aurait mis fin à ces trois constantes ne serait ni saint ni sain, il serait une sorte de zombie errant dans un faux nirvana sans saveur ni vitalité.

Je crois que le problème est typiquement occidental et tient à la déformation des propos du Bouddha interprétés sur fond de culture judéo-chrétienne (les premiers traducteurs étaient Jésuites). Les désirs ne posent en soi aucun problème, ils sont même nécessaires à la continuation de la Vie, à la joie, au maintien de la force vitale. Le problème est dans l'attachement, dans l'incompréhension que les désirs ne peuvent jamais être satisfaits en entier et qu'ils suscitent l'apparition sans fin d'autres désirs, d'où l'attachement au processus, comme le ferait une drogue. Il en est de même avec la haine. C'est l'aversion pour ce et ceux qui sont indésirables qui constitue une souffrance, le fait de ne pouvoir accepter ce qui nous semble détestable et de se sentir irrité pour cela alors que cette aversion pourrait nous aider à identifier aisément ce vers quoi nous voulons ou ne voulons pas aller. Il en est encore de même pour l'ignorance que je vois comme une attitude de déni ou de défiance instinctuelle vis-à-vis de notre connaissance fondamentale, car c'est un court et confortable chemin dans le samsâra.

Le soit-disant "désir" dont parlait Bouddha se disait "lobha" et fait référence au sexe féminin (lobe) et donc au fait que l'homme veut constamment y revenir sans pouvoir y résister (Pour info, il n'y avait que des hommes dans les tous premiers moments de la Sangha). Il s'agit bien d'attachement, une forme d'esclavage et non du désir lui-même.

La "haine" se disait "dvesha" qui a le sens de dualité, de coupure, de division entre ceci et cela. C'est le fait de rejeter et d'être incapable d'englober quelque chose ou quelqu'un sous l'effet de l'aversion ou de la peur. Cela ne s'accompagne pas toujours de haine proprement dite. Là aussi, il est question d'une éthique vis-à-vis du détestable et non de l'émotion elle-même.

Quant à l'ignorance, "avidya", "in-science", il s'agit de l'incapacité à reconnaître que l'ignorance n'existe pas ! C'est ce qui nous rend fous, hypocrites, pervers, égarés et complètement en décalage avec la joie naturelle du Cosmos, finalement artisans de nos propres malheurs.

Alors, si sur le Chemin disparaissent tes désirs, ta haine et ton ignorance, surtout ne te crois pas une sainte et parvenue à l'ultime. Tu ne le pourras pas d'ailleurs, car la vie te semblera morne et sans aucune saveur. Il te faut encore traverser cette lande désertique, et attendre que la sève de la Vie remonte sans craindre son intelligence naturelle qui te montrera toutes les luminescences des illusions de l'esprit comme les chatoiements cosmiques de "ce-qui-est", réveillant désirs et effrois sans attachement ni rejet.

C'est ce à quoi je travaille aussi, humblement.

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