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lundi 30 août 2010

La voie tantrique

Dans la voie tantrique, c'est au moment où le réel nous saute à la figure que se manifeste l'inestimable opportunité de briser la routine et la confusion qui nous colle à la peau de jour en jour, d'instant en instant. Le tantra, bouddhique ou autre, n'est pas une voie confortable. Il y a du danger, du doute, de l'incompréhension. Nous ne cherchons pas à être rassuré, à connaître la vérité, ni même à nous évader dans un probable Nirvâna. Les "possibles" n'existent que par la force de notre subjectivité, par la vigueur de notre engagement, par notre désir insatiable d'être là, maintenant, au cœur même des situations, quelle qu'elles soient. Ce qu'on nomme par le doux nom de Clarté ou de Claire-Lumière, ce n'est pas une vérité, ce n'est pas un être ou une chose, ni même une situation exceptionnelle ou radieuse, mais simplement ce qui reste de plus ordinaire, de plus simple et nu et qui par cette absence de qualité ou de singularité passe le plus souvent inaperçu.

C'est pourquoi un aperçu de l'Eveil (dit-on canoniquement) reste le plus souhaitable des moments d'existence, en tant qu'une étonnante rupture qui -paradoxalement- nous relie à l'intimité la plus secrète de notre être, à la proximité silencieuse de tous les vivants, hommes, bêtes, végétaux, étoiles... "Ne rien prendre" au cours du parcours méditatif, c'est au contraire prendre un risque, le risque d'être là soudain, sans support, sans savoir quoi faire ni où aller. Étrangement, lorsqu'on ne sait quoi faire ni où aller, un acte émerge spontanément, une voie se dessine... un engagement est avéré, sans restriction et en symbiose avec tout ce qui vit. Non, non, ce n'est pas la liberté! Mais le chemin d'une libération.

Apprendre à méditer, c'est de la technique. C'est nécessaire parce que nous avons un corps qui réclame de l'attention, un esprit qui cherche la paix, un cœur désirant de l'amour... C'est un premier pas. Un peu comme l'on dit "bonjour" au passant que nous sommes chacun. Et après? Au-delà, il nous faut entrer dans le vif du sujet, car c'est le sujet lui-même que nous cherchions tant les objets éphémères de ce monde nous ont déçus, grattés et malmenés. Le sujet est fragile, comme un soldat sans armure, comme un escargot sans coquille. Mais il est vibrant, moelleux, et intrépide. Indestructible parce que non-né, dit-on! Je ne vois pas l'intrépidité tantrique comme une qualité surajoutée à notre palmarès de vertus intransigeantes mais comme la condition secrète et primordiale de notre être intime encore enfoui sous le fatras des bonnes pensées et des dogmes quotidiens.

Quand vos merveilleux jouets mentaux se brisent, qu'en est-il du désespoir ténu qui vous traverse soudain? Quand, après des heures d'entraînement, votre cervelle se boursouffle de myriades de pensées autogènes, qu'en est-il de l'espace sans limite où se tient pourtant votre conscience? Quant au moment de prendre la parole, vous ne savez quoi dire, que faites-vous de cette porte grande ouverte?

vendredi 27 août 2010

Reprise de l'Atelier de Méditation

C'est avec joie que je vous accueillerai à nouveau pour la rentrée de l'Atelier Claire-Lumière à partir du samedi 4 septembre au Centre du Bien-Être rue de la Motte-Piquet!

Plan d'accès ici

Agenda de l'atelier ici

jeudi 26 août 2010

Obstacles dans la méditation

On peut juger de l'efficience d'une voie yoguique autant à ses bienfaits qu'aux désagréments qu'elle engendre. Lorsque vous vous entraînez à la méditation, et notamment à celle qui consiste à permettre l'union des deux nadis dans le canal du centre. Cela peut occasionner au début un certain nombre de difficultés. Il est important d'en être averti. Les maîtres du passé ont eu coutume de ne donner à leurs élèves que peu d'indications sur les bons et mauvais effets à court terme des pratiques qu'ils enseignaient. La raison à cela est simple : éviter tout conditionnement préalable dans l'esprit de l'élève. En effet, si vous saviez à l'avance ce qui va se produire au cours de l'entraînement, vous auriez tendance à orienter vos attentes et passeriez sans-doute à côté de l'essentiel de l'expérience.

Mais le monde a bien changé depuis, et chacun connaît ou peut connaître presque tout sur tout! Du moins le croit-on. Je n'ai pas de certitudes sur le bien-fondé ou non d'une circulation mondialisée d'informations qui étaient autrefois tenues partiellement secrètes. Ce qui est sûr, c'est que désormais nous devons faire avec. La diffusion en masse de ces pratiques par les maîtres contemporains n'est sans-doute ni une bonne ni une mauvaise chose. Cela augmente l'accessibilité des enseignements. Et cela en augmente aussi le risque de leur dévoiement à divers degrés.

Pour en revenir au sujet, les maîtres disaient unanimement : "Quoiqu'il se passe, ne t'attache pas aux expériences, laisse-les aller telles qu'elles sont venues. Toutes les expériences sont des impressions de l'esprit, vides, éphémères, sans substance..."Voulaient-ils minimiser la valeur de ces diverses expériences? Ou bien souhaitaient-ils souligner la prééminence de l'entraînement spirituel? En tous cas, il s'avère qu'il existe bien un schéma commun aux êtres en ce qui concerne l'éveil de la conscience par le yoga, ou plutôt "les" yogas, même si cela reste diversement symbolisé selon chacun, les cultures, les époques. Toujours selon ces maîtres, au long du chemin, toute expérience est considérée comme transitoire. Toute expérience devient obstacle si l'on s'y attache, si l'on tente de se l'approprier comme réalisation finale, si on l'étudie en détail ou à outrance.

Aujourd'hui, en raison ou à cause de toutes les informations dont nous disposons et qui demeurent aisément accessibles, je crois qu'il est sage que chacun soit averti des difficultés qu'il peut rencontrer au cours de sa pratique. Voici un petit panorama de difficultés que vous pourriez rencontrer les premiers jours ou premiers mois, lorsque la méditation commence à produire ses effets. Ce n'est pas une liste exhaustive, et j'essaye de rester le plus généraliste possible, sachant que la perception de chacun diffère de celle de son voisin :

- Apparition de souvenirs douloureux

- Surgissement d'émotions nouvelles et déstabilisantes

- Réveil de maladies anciennes physiques et psychologiques

- Douleurs physiques

- Inappétence et/ou excitation sexuelle

- Dépression et/ou hyperactivité

- Angoisse, phobies

- Désespoir passager

- Sensations de type paranoïaque

- Hallucinations infernales et/ou paradisiaques

- ...

Bon, je m'arrête là, sinon ça risque de devenir décourageant ;o) Mieux vaut tenter de donner quelques explications. Au tout début, tout semble formidable. C'est un peu comme un départ pour un long et beau voyage. Enthousiasme mis à part, nous entreprenons toutefois ce voyage avec beaucoup trop de bagages, et des boulets, et des casseroles attachées à notre véhicule. Il y a des cordes qui se brisent, des remorques qui demandent à être désamarrées... Et c'est ce qui arrive si l'on persévère. C'est un processus naturel de détoxication. Il est directement lié à la pratique de méditation. Il n'y a donc pas lieu de s'inquiéter, et au contraire de se réjouir. Comment cela fonctionne t-il? Ce qui nous motive à méditer est précisément ce qui nous aliène. Nous devons donc nous en débarrasser si nous voulons avancer sereinement, vite et bien. Mais comme c'est aussi ce qui nous motive, nous ne pouvons pas nous en défaire trop tôt au risque de perdre ou d'altérer cette motivation. C'est le paradoxe de l'état de folie ordinaire dans lequel nous sommes actuellement. Il nous faut accepter le changement et en même temps rester concentré sur notre but. Accepter la coupure d'avec nos habitudes et autres petites névroses sans désolation, et tendre vers le but sans crispation. Une fois que la détoxication commence, notre motivation change et le but devient plus clair. La remise en circulation du prâna dans les nâdis, avec tous ses affluents opère comme un ramonage ou un nettoyage dans notre être holistique. Cela intervient sur le corps physique, émotionnel, mental... Reprenons la liste :

Les souvenirs douloureux (qui n'en a pas?) sont des expériences négatives que nous avions refoulées. Le refoulement est un fonctionnement automatique de l'esprit qui permet de maintenir par l'oubli ou l'inhibition un certain équilibre. C'est en fait un processus de conservation, un peu comme on congèle des restes de nourriture. Si nous étions éveillés, nous pourrions nous libérer des expériences négatives au fur et à mesure qu'elles se produisent. Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas. Alors, nous stockons. C'est-à-dire que l'énergie de ces expériences se trouve partiellement neutralisée ou immobilisée, échappant ainsi à la conscience (quoique partiellement). Quand le prâna pénètre dans les nadis obstrués par ces énergies aliénées, celles-ci se remettent en action et suivent alors leur parcours initial provoquant ainsi le surgissement des souvenirs qui y sont attachés, avec leur lot de symboles, d'impressions, de sentiments, de réflexions, etc. Plutôt que d'entrer dans des descriptions compliquées, je voudrais dire qu'à ce moment-là la charge émotionnelle négative de ces souvenirs se libère, ce qui signifie que cette souffrance est en train de disparaître à jamais. Du moins est-ce une occasion merveilleuse. Hélas, nos conditionnements mentaux faits d'habituations et de croyances nous poussent à re-créer le processus de cette souffrance alors qu'elle est en passe de se dissoudre. Il est important d'être averti de ce processus pour pouvoir s'offrir la chance d'abandonner, de laisser partir la douleur. Les émotions déstabilisantes surviennent à la suite de la pénétration du prâna dans des nadis pas forcément obstrués mais qui n'ont jamais été "irrigués". C'est un peu comme faire la découverte d'un nouveau monde, avec des habitants totalement différents de nous, une nature et des choses inconnues. Le fait que ces émotions soient déstabilisantes tient en votre propre personnalité qui a besoin de sécurité, d'un monde connu et fiable. En l'occurrence, ces émotions provoquent une remise en question très puissante de "ce" que vous êtes. Et vous resterez déstabilisé tout le temps que vous n'aurez pas reconstruit votre propre image (aliénation) ou renoncé à elle (libération).

La résurgence de maladies anciennes (ou l'apparition de nouvelles) résulte également de la pénétration des nadis. Les maladies ont un rôle. Ce sont elles qui permettent l'équilibre précaire et la survie dans le monde des phénomènes. Elles signent moins un problème qu'elles n'indiquent une voie à suivre. Ces maladies seraient apparues de toute façon. Ici, elles sont stimulées par l'accroissement énergétique. Réjouissez-vous car elles viennent à point nommé au moment précis où vous voulez vous débarrasser de la souffrance! C'est un gain de temps très précieux. Comme pour la charge des souvenirs enfouis, elles vont disparaître à jamais.

Les douleurs physiques sont de deux sortes, celles dues à l'apprentissage de postures inhabituelles et celles dues à la pénétration du prâna dans des nadis rigidifiés ou amorphes. Il est facile de les distinguer. Les premières se reconnaissent morphologiquement en lien avec les efforts physiques à produire. Quant aux autres, les plus déterminantes sur le plan de la purification énergétique, sont relatives à l'état des canaux subtils nouvellement investis. Il n'y a rien de plus à faire que d'accepter ces douleurs passagères. Elles disparaîtront d'elles-mêmes au fur et à mesure du nettoyage.

L'inappétence sexuelle est due à la transformation de l'énergie sexuelle. Elle ne disparaît pas mais se trouve détournée dans son parcours. Liée originellement aux fonctions de reproduction, l'énergie sexuelle est la forme la plus métabolisée du prâna avant le corps physique dont elle est censé engendrer les moyens de procréation. Pour l'humain, le désir de procréer et celui de la jouissance sexuelle sont intimement entremêlés. Mais du point de vue du yoga, il s'agit de deux fonctions énergétiques différentes, même si elles sont en constante collaboration. La "réorganisation" des flux de ces énergies provoquée par l'investigation des chakras racine et du nombril engendre une libération du désir de jouissance qui s'oriente spontanément vers la quête spirituelle. Il en résulte que cette notion d'inappétence n'est pas éprouvée comme telle par le yogi mais au contraire comme un rassasiement, un contentement. Il n'y a donc pas lieu de s'en désoler, sauf si on souhaite ardemment s'intégrer aux modèles de sexualité contemporains véhiculés par les médias ;o) Cela reste toutefois une certaine difficulté car, tant que cette énergie ne sera pas totalement transformée en ouverture aux autres, en empathie universelle, en amour philanthropique, l'inappétence (apparente) sera source peut-être de quelques soucis, par exemple dans le cadre d'une vie de couple, ou bien parce qu'on voudrait être aimé tellement plus qu'on aime soi-même. L'inverse est également possible. En effet, la séparation des deux énergies peut exacerber le désir sexuel. Cela peut induire la quête de "samadhis orgasmiques" (ce qui n'est pas tout-à-fait l'espace lumineux de la Claire-Lumière!) et engendrer une certaine confusion quant au but de la pratique. Les femmes ont la chance d'être plus subtiles que les hommes dont le désir est fortement conditionné par la production spermatique. Ce paragraphe concerne donc les hommes au premier chef.

La déprime et/ou l'hyperactivité sont dues au fait que le mental ne parvient pas encore à considérer les expériences comme vides de toute réalité en soi. Soyez patients, et observez attentivement le mouvement impermanent de tout ce qui survient, encore et encore. J'ai écrit plusieurs billets sur ce que l'impermanence a à nous offrir. Le Vide, que dans notre quête de solidité et de validation égotique nous fuyons sans-cesse, n'est pas un déficit, un néant, une désolation, une source d'effroi... mais la matrice pure et inaltérée de tout ce qui est ou surgit. Il est la Maison-Dieu de toute chose, un espace totalement ouvert, nu et accueillant.

Angoisses, phobies... sont à relier aux apparitions momentanées des souvenirs douloureux et résurgences de maladies. Là encore, c'est une difficulté du mental à s'adapter aux mutations organisées par la mise en mouvement du prâna. Cela ne durera pas.

Le désespoir passager est celui du drogué qui réalise soudain qu'il ne touchera plus jamais à sa drogue. Il sait que c'est une bonne chose, mais son corps en réclame encore. On doit apprendre à renoncer. Tous les choix comportent leurs "petites mutilations". Mais c'est une très bonne difficulté car elle signifie que vous avez déjà gouté au samâdhi et que vous savez intimement dans quelle direction aller. Alors, allez-y!

La paranoïa vient ici avec la perte partielle de repères corporels, mentaux, émotionnels. L'ego est désorienté car son discours habituel et son monde magique ne sont plus entièrement valides. Vous avez besoin de vous reconstruire une nouvelle histoire, un nouveau monde. Hélas, ça ne sera pas meilleur. C'est donc une difficulté importante. Essayez d'être plus observateur et de vous concentrer sur la pratique elle-même. Méditez sur le Vide. Apprenez à lâcher-prise sur tout et de façon continuelle.

Les hallucinations n'ont pas beaucoup d'intérêt. En fait nous sommes constamment envahis d'hallucinations que nous prenons pour la réalité. Tout ce que l'esprit projette est hallucinations. A cause de la méditation, en voici simplement de nouvelles. Nous faisons une distinction mais il n'y a rien de changé au fond. Parfois, certaines personnes prennent ces nouvelles expériences pour la réalité, les opposant à ce qu'elles vivaient et comprenaient avant. Elles pensent avoir obtenu une révélation, une grâce divine... et se mettent à écrire des livres et faire des conférences. Mais entre les hallucinations d'avant et celles d'après, c'est blanc bonnet et bonnet blanc! Sachez seulement que tout cela est normal et résulte des nouvelles investigations du prâna dans votre corps subtil. Laissez-les aller.

Il y a bien d'autres difficultés singulières à surmonter. Mais les joies et les avancements rencontrés sont largement supérieurs à tout cela (ouf!) Il est bon tout de même de connaître l'existence de ces difficultés, car leur apparition éveille notre capacité d'auto-évaluation. Elles sont des guides. Et aussi les prémices d'une vie meilleure.

D'ailleurs, joies et avancements sont aussi des guides et des prémices. Si ce billet vous plaît, j'en ferai un autre sur le bonheur et les bons développements de la méditation.

vendredi 20 août 2010

Non-distraction

OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Les pensées, les émotions, sont limitées et mortelles. Vous croyez qu'en les supprimant vous vaincrez les restrictions et la mort?

La conscience, en laquelle pensées et émotions s'élèvent et disparaissent, est sans limite et non-née. Aussi, dans le simple état de non-distraction, sans effort, sans méditer, sans faire quoique ce soit, est-il la Claire Lumière.

Quel plaisir... ces hallucinations sans base ni aboutissement!

Quel bonheur... cette clarté nue sans aucune signification!

Quelle joie... ce dialogue incessant du Vide et des Apparences!

dimanche 8 août 2010

Chant de Milarepa

Dans la méditation de mahamudra, je demeure :
Sans effort, en le mode d'être fondamental,
Détendu, dans l'état sans distraction,
Lucide, en la vacuité,
Connaissant, dans la sphère de félicité,
Lumineux, en l'état de non pensée,
Equanime, en toute situation.

En l'esprit-même qui demeure ainsi,
En ses multiples aspects, une compréhension illimitée s'élève;
Et, en sa luminosité, s'accomplit sans effort l'activité éveillée.
Quel bonheur que ce fruit qui n'est pas resté simple souhait!
Quel plaisir que cet abandon des espoirs et des craintes dualistes!
Quelle joie les illusions apparaissant comme connaissance primordiale

Note: La question qui incita Milarépa à réaliser ce chant émanait d'un visiteur qui intervenait dans une controverse engagée entre trois enseignants et le grand yogi. Il s'interrogeait sur l'intelligence de Milarépa qui ne se présentait pas comme un savant ou un intellectuel et semblait de ce fait un être fruste et ignorant. Le visiteur requit du yogi une description de sa méditation de mahamudra.

dimanche 1 août 2010

le Vide

pleine-lune-nuages.jpg

Le Vide, Shunyata, n'est pas... rien, mais l'essence même de toute apparence.

Nous ne pouvons pas contrôler le flux naturel des choses, qu'elles soient objets, évènements, pulsions, désirs... même si nous en avons parfois l'illusion. Ou l'ambition. Cette impossibilité même est le Vide. Ce n'est pas un déficit, ni une qualité, ni un défaut mais la condition nécessaire du cycle de création et de disparition des "dix-mille choses" (dharma). Le Vide est donc une impossibilité, elle-même essence ou base de la richesse tumultueuse de l'Univers.

Aussi, dans la méditation, est-il stupide de vouloir apprivoiser le Vide, de vouloir le connaître, de vouloir s'y mélanger. Nous n'avons qu'une chose à faire : nous laisser apprivoiser par lui, nous laisser aller au stade de l'autoconnaissance, nous ouvrir à l'espace du mélange primordial.

L'impossibilité du Vide est la base de tous les possibles. Et tous les possibles s'évanouissent en lui, continûment.

Bien-aise

Je regarde la lune

Qui me regarde

La regarder

Loin d'un anthropomorphisme acté, regarder (du point de vue du Vide), c'est être, tout simplement être. Je peux m'exclamer "je suis!" Mais à l'instant même où je lâche prise, je sais qu'en fait "je n'étais pas vraiment" mais survolais plutôt, et avec paresse, l'écume des apparences sans pouvoir y être, sans pouvoir en jubiler.

Le Vide demeure : c'est ma Demeure. Et la demeure du Vide est pleine, pleine des fantaisies universelles comme de l'Unique Saveur.

Crédit photo : Arnaud Frich

jeudi 29 juillet 2010

Dernier atelier de la saison

Le dernier atelier de la saison 2009-2010 aura lieu comme d'habitude chez Sandra samedi 31 juillet.

mercredi 21 juillet 2010

Couple magique

couple.jpgCe monde est composé de myriades d'images (les choses) et d'idées (concepts), sans oublier les émotions (les interactions des deux précédents). Ce sont les apparences du monde, tantôt merveilleuses, tantôt hideuses, et le plus souvent bigarrées.

L'esprit, quant à lui est là, ni visible ni dénué de manifestation, ni grand, ni petit, ni allant, ni venant... Les apparences ne peuvent obturer ni aliéner l'esprit. Et l'esprit ne peut agir sur les apparences.

Et pourtant, apparences et esprit vivent ensemble et restent continuellement disponibles. Comme la mer et les poissons, comme le ciel et les nuages. Le monde et l'esprit vivent ensemble : c'est un couple magique, universel. La vie de ce couple, la façon dont tout deux s'unissent sans-cesse est ce que nous découvrons parfois dans le Yoga de la Claire Lumière : l'Union.

... stupéfiant non?

La nature de l'esprit

aigle.jpgOn a tord de croire que la méditation conduit à la rencontre de l'esprit. Comment pourriez-vous rencontrer quelqu'un avec qui vous vivez déjà? C'est irrationnel! La méditation ressemble plutôt à ce jeu : colin-maillard. On essaye de reconnaître un des joueurs avec les mains, grâce à sa forme, à son odeur, puis de dire son nom. Parfois c'est juste, et d'autres fois ça ne l'est pas. C'est seulement au moment d'ôter le bandeau que nous portions sur les yeux que la vérité éclate au grand jour! Aussi la méditation est-elle une sorte de jeu dont l'objectif est de reconnaître notre compagnon de toujours : l'esprit. C'est ce que signifie "reconnaître la nature de l'esprit".

La joie, la peine, la colère, le plaisir, la tristesse... sont de multiples facettes du mental humain. Nul ne peut dire que telle ou telle personne est continuellement joyeuse, triste ou colérique. Ce ne sont que des moments éphémères et changeant de l'expérience humaine, qui, elle, semble se poursuivre, au moins de la naissance à la mort, et au plus sans interruption sous de nouvelles formes, à travers d'autres enveloppes, elles aussi éphémères et changeantes. Notre mental, quoique mystérieux, est fait de passions, de misères, d'espoirs et de désespoirs. Il est un reflet, un organe dirais-je, de l'esprit. Esprit et mental ne se connaissent l'un l'autre. Mais ils ne s'ignorent pas non-plus. Ils entretiennent au contraire d'étroites relations. Si l'esprit dirigeait notre vie, le mental serait un bon serviteur, docile, obéissant, utile, pragmatique et efficace pour toutes les choses de la vie, y compris les émotions, qu'elles soient agréables ou non, pertinentes ou pas. Mais ce n'est pas le cas. En réalité, c'est notre mental qui contrôle l'esprit. Et franchement, il n'est pas très doué! C'est un mauvais maître. De même que l'esprit est un mauvais serviteur.

Dans la méditation, on ne peut utiliser l'esprit. Il est indomptable, comme un aigle ou un tigre sauvage. Lorsqu'une personne tente de maîtriser l'esprit (c'est souvent ce qu'elle croit devoir faire), celui-ci se rebelle, se dérobe ou se cache. Pour méditer, nous devons faire preuve d'habileté et utiliser le mental, c'est-à-dire notre capacité humaine à faire, penser, programmer, planifier... Bref, toutes ces tâches physiques et intellectuelles que nous exécutons ordinairement avec plus ou moins de dextérité, plus ou moins de grâce.

Le mental n'est pas homogène. Il ne fonctionne pas tout le temps de la même façon et permet d'éprouver une infinité d'expériences relatives à des champs de conscience plus ou moins raffinés. Avec la méditation nous découvrons et expérimentons des niveaux de conscience de plus en plus épurés. Tous ces champs sont interconnectés entre-eux mais ceci n'est pas comparable aux niveaux d'un immeuble. On ne peut les gravir au moyen d'un escalier psychique. Il n'existe pas d'escalier pour le mental. De même qu'une ascension spirituelle n'est qu'une représentation anthropomorphique du mental. La dissipation des niveaux grossiers du mental révèle immédiatement les niveaux plus raffinés. Plus nous dissipons les perturbations, plus le mental s'épure ou se raffine. A son niveau le plus épuré, la conscience qui émerge est sans limite et totalement ravie, paisible, joyeuse. De plus, dépourvue d'objets à connaître, elle se connaît elle-même. Autoconnaissance et Claire-Lumière sont des expressions synonymes. Alors, l'esprit est le maître, et le mental le serviteur.

Travail et masochisme consensuel

les-temps-modernes.jpgCoup de gueule de la semaine.

Personne n'a jamais obligé les humains à travailler. Pourtant, cela fait bien une vingtaine de millénaires que nous nous infligeons cette torture qu'est le travail. Il serait si simple et si agréable de vaquer tranquillement à ses occupations, se regrouper de temps en temps autour d'un lac ou dans une vaste prairie avec ses amis et ses connaissances pour papoter du temps ou d'autres choses. La faim venant il suffirait de ramasser quelques fruits mûrs, de dénicher quelques racines, ou encore de déguster des aliments que nous aurions su conserver pour les jours rigoureux. Nous pourrions passer une partie de notre temps à tisser nos habits et à les décorer, à construire nos habitats précaires et bio-respectueux, à transmettre aux petits la mémoire de l'humanité, ou juste celle de notre groupe.

Au lieu de cela, nous travaillons pour gagner de l'argent et avec cet argent acheter de la nourriture préfabriquée, ce qui remplit les poches des "préfariquants" qui gagnent aussi de l'argent et s'achètent de la nourriture à leur tour. Mais ce n'est pas tout : nous gagnons beaucoup trop d'argent! Mais oui! Nous sommes "obligés" de le dépenser dans des objets futiles, inutiles, encombrants et polluants. Et cela fait, il nous en reste encore pour payer des impôts qui serviront à financer toutes sortes de guerres, physiques comme psychologiques, à satisfaire aux exigences des grands trusts, et accessoirement à contenter la population la plus démunie quand elle se manifeste un peu trop.

Encombrés d'objets inutiles mais indispensables, de désirs stupides mais tellement chéris, de pensées déprimantes mais si nécessaires, nous travaillons encore et encore, oubliant le chant du coq, ignorant la vraie longueur des cils des filles, révoltés à l'idée que le Xanax ne fait pas le bonheur, déprimés en pensant que la retraite est si longue à venir... Ah mais il y a quand-même des choses rassurantes : un body de chez H&M ne dure pas plus longtemps qu'un déjeuner de soleil. Pas le temps de s'attacher, donc! Les Indiens auront bientôt chacun leur Tata, voiture la moins chère et la plus polluante du monde. Malgré La Crise, les banquiers n'ont jamais fait autant de profits, Traders compris. Et à la télévision, les Infiltrés nous révèlent tout ce que nous savions déjà!

Encore une fois, nous n'étions pas obligés d'en arriver là. Mais nous y sommes et trouvons cela "normal". Et pourtant, notre civilisation, si belle, si triomphante, si savante se sent mal. Elle a mal au cœur, mal à sa pensée, mal dans son corps... Oh! Mais pas de problème, c'est l'opportunité de développer un nouveau marché : le bien-être. Ça ne va pas bien? On va s'occuper de toi. On va remplacer les curés par des médocs et les médocs par des stages de remise en forme.

Au fait, pourquoi pratiquer la méditation dans un tel contexte? Ça sert vrai-ment-à-quoi? Est-ce pour contribuer à huiler un tel système par la douceur et la docilité? Est-ce au contraire pour le fuir? Ou alors est-ce dans l'espoir d'obtenir en rêve(s) tout ce que votre argent ne vous permet pas de vous offrir?

Ah mais pourquoi est-il si méchant!?!

Si par miracle le désir de méditer s'emparait de vous, sauriez-vous créer une rupture? Une authentique rupture avec ce mode de fonctionnement qui vous maintient au fond du trou social et la tourmente humaine? Peut-être que la méditation est une dernière chance pour nos contemporains, l'ultime possibilité d'un sursaut spirituel dont rien ni personne ne pourra s'emparer, la dernière porte dont il est possible qu'elle s'ouvre sur une expérience complètement différente du "connu convenu", quelque chose qui pourrait bouleverser les valeurs actuelles du monde et leur ordonnance, restituant à l'"être" la place qui lui est due.

Bien-sûr, je fais un peu de provocation. On peut très bien méditer juste pour aller mieux, pour se détendre, ou par simple curiosité. Y'a pas moins pire... Alors, disons que ce message s'adresse aux révoltés, aux paranos, aux anars, aux rebelles... et accessoirement à ceux qui ne savent pas ce qu'ils font là. Ils existent (enfin... paraît-il...)

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