Rêve

Au petit matin j’ai fait un rêve merveilleux. Un « rêve de clarté » comme on dit dans le Yoga du Rêve de Naropa.

Je dois préciser que -étant donné que (pour moi) il n’existe aucune différence de réalité ou d’irréalité entre l’état de veille et l’état de rêve il m’importe peu d’accréditer ce qui se passe le jour au détriment de ce qui se passe la nuit. Et inversement bien entendu !

Je voyageais dans le ciel en me demandant pourquoi je volais ainsi. C’était très agréable. Puis vint promptement la réponse à cette question : il s’agissait tout simplement du voyage de mon existence terrestre (oui dans le ciel…) mais un peu sous la forme d’une rétrospective. J’étais en train de mourir avec une grande joie dans le cœur ! Je devais néanmoins continuer de voler et d’avancer. C’était le job. Et ce faire je devais danser avec et autour d’une corde de chanvre tressée qui volait en ma compagnie. Elle n’avait pas d’extrémité. C’était donc comme un lasso qui évoluait librement dans l’espace en ondulant au gré de ma danse.

Ce qui me fit penser à une rétrospective est que cette corde était marquée de toutes sortes d’entailles, de couleurs et autres maculages tous différents. Tous ces aspects donnaient une singularité à la corde et chacun représentait ici une souffrance là une victoire là encore une aventure. J’éprouvais cela comme une sorte de « continuité karmique ». Un enchaînement de faits et non un enchevêtrement. Précisément l’absence d’enchevêtrement ou de nœud m’offrait une grande joie et un sentiment extrême de fluidité. Je ne pouvais pas ressentir cette corde (ce karma) comme un écheveau pesant grevé d’inextricables circonvolutions mais au contraire comme une histoire qui me donnait le sentiment d’être une personne. Mais une personne décollée de sa propre histoire qui au moment où elle éprouve ce décollement devient justement… personne dans la simple extase de la jouissance de la totalité.

Pendant que nous dansions la corde et « moi » -ce qui était d’ailleurs indispensable puisque ce mouvement permettait de tenir en l’air et d’avancer je survolais des paysages incroyables semblables aux terres pures des bouddhas. Chaque fois que je faisais le tour de la corde et me retrouvais la face vers le bas apparaissait un nouveau paysage. Je vivais ces paysages de la même manière que les stigmates de la corde mais cette fois en tant que visiteur. Je veux dire que ces paysages étaient aussi des événements de vie mais qu’ils n’étaient pas fondateurs de quelque personnalité que ce soit. C’était libre pur neutre et absolument sans impact hormis l’incroyable beauté. Une beauté gratuite et non saisissable ni avec un smartphone ni avec la saisie dualiste du soi !

Les terres pure des bouddhas ne sont pas sphériques comme notre planète. Elles sont étendues et à la fois profondes et horizontales telles que les représente la cosmologie indienne. Ce sont des univers complets et complexes. Cela a un sens. Le sens d’un millefeuille dans lequel chaque strate correspond plus à un niveau de conscience qu’à une réalité objective dans le sens commun du terme.

Ce qui me rendait particulièrement heureux était que tout cela existait en même temps et en un seul endroit : la personne – le fil karmique – l’espace sans limite – la pureté initiale. Je faisais simultanément l’expérience de l’incarnation – de l’histoire qui en constitue l’ossature – de la liberté totale (par absence d’attachement et/ou d’identification) – et enfin de la source de toute apparence omnisciente et omnipotente et créatrice. Cette dernière étant permise par la coopération harmonieuse des trois précédentes.

Au réveil j’ai d’abord pensé que cette aventure onirique trouvait sa source dans la réintégration continuelle des ojas par laquelle aucun fluide précieux du corps et de l’esprit n’est perdu ou mal utilisé. Mais au moment où j’écris ces lignes je comprends que cela n’est qu’une petite partie de cette origine. En fait suivre le Sentier est précisément un travail de réintégration plus global amorcé et soutenu par celle relative aux ojas. Il s’agit bien de conserver intacts ses vœux sacrés – de rester concentré nuit et jour sur la perfection primordiale – d’être absolument non-violent – de déployer une énergie constante et patiente pour la Voie et pour aider impartialement tous les êtres.

Je crois que nous sommes dotés de toutes ces qualités. Tous ! Et toutes ces qualités sont aussi des fluides évoluant dans un spectre qui va du corporel au spirituel. S’il n’y a pas de chemin orienté vers la libération on passe le plus clair de son temps à gaspiller ces fluides. Puis on meurt d’épuisement sans avoir traversé l’espace et visité les magnifiques univers que nous offre le Cosmos sans avoir humé le parfum de la grande vacuité ni celui de ses opulentes fleurs.

Si c’est ton cas c’est ballot !

Voilà mon interprétation pour le moment… Merci ! Merci !

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