Le Lac des Yogis

 

…Puis me voici dans l’espace éthéré où il n’est plus vraiment possible de savoir qui est « soi » et qui ou quoi ne l’est pas. L’immensité est sombre, d’un bleu intense et foncé cependant qu’une intense luminosité sourde de ses entrailles. C’est insondable, tant aux quatre points cardinaux qu’au Zénith et au Nadir. Mon corps est fait de lumière quoique quelques contours soient perceptibles. Tout est calme. Une légère brise ionisée aux effluves d’électricité parcourt l’espace.

Sous mes yeux, suspendu dans l’espace, s’étend un immense lac de lumière blanche et nacrée. Je m’approche. Ce sont des milliers de yogis et de yoginis, à la fois nus et vêtus d’un habit de lumière. Ce lac est immobile cependant qu’une tranquille ondulation le parcourt. Je m’approche à nouveau car j’aimerais me fondre dans cette masse paisible que j’imagine comme immensément bienveillante. Je me sens attiré et chez moi.

Tous sont tournés dans une même direction, ce qui m’incite à faire de même. Et sur un promontoire invisible, d’autres êtres se tiennent selon un alignement légèrement incurvé et faisant face à l’assistance. Ceux-là paraissent un peu plus grands quoique l’apparence de leurs auras de lumière soit identique à celles des êtres du lac.

Quelle surprise ! Je reconnais tout de suite Babaji, Ram Das, Bhajan, Milarépa et un autre (inconnu). Et quelle joie ! Je m’approche encore mais n’ai plus envie de me joindre aux yogi-nis du lac. Je me sens déjà de la partie, ce qui rend tout mouvement inutile.

On entend un son continu, très doux et avec une ou deux harmoniques seulement. Je crois qu’il s’agit de AAAAHHHH… Et dans cette effluve vibratoire, les échanges entre l’assemblée et les maitres sont intenses, rapides, et surtout interactifs. Il est plutôt ardu de décrire le fonctionnement de la pensée télépathique : le destinataire d’une pensée émise y répond rarement et c’est un autre destinataire d’une autre pensée qui répond à la première, si bien qu’un brouhaha d’ondes mentales s’élève comme une véritable symphonie dont personne ne saurait écrire la partition. C’est une sorte d’auto-résolution de toute pensée qui finit toujours dans un silence tonitruant.

Bref, j’assiste à un « congrès éthérique ». Et « l’heure est grave » semble-t-il. Il n’y a pourtant pas d’inquiétude perceptible. Quant à moi, je suis tellement heureux d’être parmi toutes ces « apparences », mes frères et sœurs. En cet instant, je prie pour que mes ami-es, dans la mesure de leurs capacités, viennent se joindre à nous. Mais personne ne viendra. Le sujet est celui de la situation internationale sur la Terre et dans d’autres régions de la Galaxie. Et ça ne va pas très bien, semble-t-il.

La façon de s’exprimer des maitres est directe, sans parole, colorée, et proche des inflexions de la personnalité que chacun d’entre-eux assumaient sur Terre. Comme il s’agit d’un échange et que tout va très vite, je me demande s’ils sont là pour résoudre un problème ou bien au contraire pour démontrer qu’il n’y a pas de problème. Pour l’instant, c’est un peu flou et je décide d’éviter d’écouter en cherchant quelque signification que ce soit. Juste rester attentif. Aussitôt, cela devient clair, presque géométrique. Ces yogis et yoginis ne sont pas là dans un but précis mais seulement parce qu’ils sont interconnectés et vivent bienheureux, libres, et aussi dans la joie d’être avec ces maitres. Et c’est finalement la même raison qui réunit ces derniers aux précédents. C’est à la fois un Darshan et un Ganachakra ! En filigrane, persiste pourtant la lourde et pesante vibration des humains et non-humains qui assument une forme terrestre. Je comprends alors que cette réunion a tout-de-même un objet : c’est une sorte de déclaration commune à leur attention et non un colloque destiné à trouver des solutions. Il se dit :

Babaji
– Tout va bien. Il faut juste faire sortir les ombres de tous les esprits.
Bhajan
– Mes amours, je vous avais prévenu. Voilà pourtant une bénédiction rien que pour vous !
Ram Das
– Le grand miracle est en train d’arriver. J’espère que vous allez garder confiance et vous aimer vraiment.
Milarépa
– S’extraire du dictat des apparences est le chemin de la liberté où tout est jouissance.

Puis vient le tour de l’inconnu :
– Peu importe Son Nom, chante-le nuit et jour, nuit et jour, nuit et jour… (un écho très long).

Et je reconnais aussitôt Mâ Anandamayi. Quel bonheur ! Pendant une interminable seconde, son corps de lumière se transforme pour prendre l’apparence de son beau visage, immense, et je vois ses yeux sans fond et baignés de larmes. Le visage se déplace comme un nuage et s’enfonce doucement dans la marée des yogis-nis.

Tous ces événements semblent être dirigés vers ce monde d’endurance. Oui, c’est bien un message en forme de déclaration un peu solennelle. Et les participants ne sont là finalement que pour exprimer leur force, leur certitude et leur joie. Et en quelque sorte valider les déclarations des maitres.

Milarépa dit :
– Faites ce que vous pouvez pour vous sortir de l’impasse. Nous vous attendons. Vous pouvez ouvrir votre coeur et élever votre conscience. Moi, le grand yogi, je vous le dis : même la mort n’est rien face à la capitulation sur le chemin de l’éveil !

Babaji reprend :
– Oui ! Oui ! Moi je reste parmi vous pour vous conseiller. Peu importe que vous ne me voyez pas, je resterai jusqu’à la fin de ce temps. Mais je suis également ici avec mon ami le Répa et les autres.

Ram Das insiste :
– Contactez-nous quand c’est nécessaire. Je suis bien connu pour répondre à toutes requêtes. Même le désespoir est un rayon de l’amour divin, une force, un pouvoir pour les esprits qui se tiennent tranquilles.

Alors Bhajan se lève et se prosterne devant Ram Das. Milarépa part d’un grand éclat de rire qui se transforme en gerbes de lumière multicolore. Mâ ne bouge pas d’un millimètre mais j’ai l’impression qu’elle sourit avec tendresse.

Une grande tristesse m’envahit. Je regrette tant que mes ami-es ne soit pas ici. Me souvenant qu’il n’y a pas de « moi », cette émotion se dissout aussitôt et est aperçue la misère du monde, une tristesse universelle qui dessine en même temps les dénouements heureux de la cessation de toutes les douleurs, non pas comme une contrepartie, mais bien comme une joie secrète, une flamme timide, qui luit partout. Pendant un instant, tout l’espace est envahi de ces petites flammes, dans les cœurs éthérés, dans les cœurs incarnés, dans les cœurs des souffrants, des mourants, des fous, des rebelles, des esclaves, des sages et des obsédés de toutes sortes.

Quelque chose d’impersonnel exulte. C’est la joie, la joie infinie du frémissement continu de l’Univers.

Je me dis qu’il est temps de prendre congé et de me mêler à la matière sombre du monde. Oh ! Puissé-je l’illuminer ! Avant de partir, je demande à Milarépa d’imprimer quelques souvenirs, même fugaces, au cas où… Il sourit et nos deux corps de lumière se mélangent un long moment.

Il est trois heures du matin. La pièce est froide et il fait chaud. Devant l’Ishtadeva danse la flamme d’une petite bougie. Elle sourit. Mais qui sourit ?

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