Jour 60

Aujourd'hui est un jour très spécial et vraiment auspicieux. Nous fêtons l'anniversaire de la première mise en branle de la roue du Dharma par Bouddha à Bénarès. C'est aussi le début traditionnel de la "retraite d'été" que Bouddha a pratiqué toute sa vie avec ses disciples. Elle durait trois mois. C'est toujours respecté partout, mais parfois raccourci selon les régions himalayennes où l'été est très court.

Après la sadhâna de ce matin, un moine est venu me voir pour m'offrir une pilule de longue vie fabriquée par des moines affiliés à mon maître. Elle est assez grosse et n'a rien a voir avec les mendroup dont je vous ai déjà parlé. Ça m'a touché profondément car je sais qu'il a le sida depuis longtemps et qu'il arrive dans une phase très critique. Je me dis qu'il en a plus besoin que moi. Mais c'est ainsi dans la philosophie du Bouddha : amour et compassion, toujours et quoiqu'il en coûte. Un chemin qui pourrait sauver le monde...

Dans la matinée, le magnétiseur rencontré hier est venu dans notre petite maison de méditation pour me donner un soin. Son soin fut plutôt extraordinaire. Il m'a entre autre permis de dormir pendant un quart d'heure sur le dos avec une respiration normale et équilibrée, ce que je n'ai pas connu depuis bien longtemps. Il m'a dit, alors que je ne lui ai pas parlé de ma vie (hormis que je suis prof de yoga), que j'étais bien entouré, notamment par mes étudiants qui sont très motivés pour me faire revenir dans la course car ils ont encore besoin de moi. Et aussi, qu'il ressentait sérieusement la possibilité d'une issue positive. Il a aussi laissé  entendre que je devrais avoir plus confiance dans la valeur de ce que je fais et n'en pas douter. Élodie confirme. Faut bien prendre quelques tartes de temps en temps ! 😉

C'était une très belle rencontre. Pour sûr, il y aura des suites. Il se déplace à vélo, c'est quasiment sa maison, et travaille aussi à distance. Si ça vous intéresse je vous passerai son tel.

J'ai offert la pilule à Târa et la prendrai demain. La pilule.

Je vis chaque instant en goûtant pleinement à la réalité illusoire de tout ce qui se produit. Aujourd'hui, ce mode de vie détendu et libéré, sans peur ni attentes, est rendu plus poignant en raison de la maladie potentiellement mortelle. Mais finalement, j'y trouve mon compte : bien qu'une une tortue pourrait me battre à la course, je vis à mille à l'heure en raison de l'incroyable exubérance du monde qui m'emporte dans sa danse magique, manifestation de la Grande Vacuité ornée des Apparences chatoyantes de la Maya.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *