Ecole de Adi Yoga - Nantes et Ile de France
 
Jour 205

Jour 205

Vipasyana

J'aime beaucoup passer des heures allongé dans la posture de Shiva et me laisser aller à penser, juste cela. Les pensées, de toutes sortes, vont et viennent à leur gré. Et je les observe, laisse le mental raconter ses carabistouilles. Je sais que je ne suis pas ces pensées. Je ne suis pas non plus l'air qui entre et qui sort dans ma poitrine. Je ne suis pas le sang qui va et vient. Je ne suis rien de tout cela. Et pourtant, sans cela, où serait celui qui le dit ?

On a coutume de croire que les pensées sont un obstacle à l'actualisation de l'être et les méditants font ce qu'ils peuvent pour ne pas s'y impliquer et en devenir de simples observateurs. C'est une bonne chose du point de vue de la discipline pour apprendre à ne pas s'identifier aux pensées et donc à maintenir l'esprit dans le grand calme de sa propre présence (samatha).

Mais du point de vue de l'Adi, et une fois qu'on est passé maître de la "non-identification", cette démarche n'est plus appropriée. Je vois que chaque pensée, qu'elle soit heureuse ou malheureuse, vertueuse ou malicieuse, possède une structure et une colonne vertébrale. La structure répond à un système de construction, toujours le même, et sa colonne n'est rien moins que la Claire-Lumière. Et c'est autour de cette base toute pure de la conscience nue que s'organise chaque pensée et sa spécificité.

Chaque pensée véhicule un message factuel simultanément à son message essentiel. L'un est relatif et l'autre absolu. C'est pourquoi toute attitude à l'égard d'une pensée est-elle une attitude à l'égard de la Claire-Lumière. Ne rien faire peut alors devenir de l'indifférence et conforter l'ignorance (avidya).

Comment reconnaître la Claire-Lumière d'une pensée ? C'est très simple : il suffit de la regarder en face. Ce n'est donc pas une non-attitude comme dans l'apprentissage de la méditation. C'est au contraire une attitude volontaire, une action, une vision pénétrante. Quand on regarde en face une pensée, elle disparaît immédiatement. Ce qui est vu alors à cet instant précis est la Claire-Lumière.

Bien sûr, nous devons apprendre à reconnaître la Claire-Lumière. Elle est pure conscience, sans message, sans cause, vide, spacieuse et accueillante. Ce ne sont là que quelques qualités bien impropres à en dessiner les contours. Bien qu'elle ne soit vue, elle est sue. Bien qu'elle soit sans contenu, elle est aperçue.

Pour reconnaître la Claire-Lumière à l'instant de la non-pensée provoquée par l'observation directe, nous avons besoin de présence et d'ouverture de l'esprit. Ce qu'on appelle la Confiance Fondamentale est issue spontanément de cette "connaissance aveugle" de la Claire-Lumière. Le plus important est d'en avoir eu un aperçu au moins une fois. C'est pourquoi il est bon que chacun trouve un maître capable de provoquer cet événement. Parfois, le maître est une personne, d'autre fois un livre, un animal, un orgasme, une situation...

En ces jours difficiles où les maîtres compétents se font rares, il importe de les rechercher activement, mais aussi de se tenir prêt à l'égard de toute situation provocante et à même d'engendrer ce genre d'illumination.

Je dirais même que la spécificité moderne de l'Adi est d'envisager la totalité des situations et des êtres comme notre Guru et d'entrer en contact avec cela comme on plonge dans l'océan pour prendre un bon bain. C'est pourquoi le Guerrier Spirituel met un point d'honneur à être "toujours prêt", non pas sur ses gardes comme un guerrier ordinaire, mais tendre et doux, comme un homme ou une femme se préparant à une rencontre amoureuse.

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