Éloge de la déception

Ça vient peut-être de la mode actuelle de la glorification des « bisounours-winners » mais fut un temps où lorsque j’exprimais quelque déception de ceci ou de cela je percevais des mines étonnées voire désapprobatrices.

Il n’y a pas de raisons assez valables pour lutter contre la déception à moins de chercher la colère qui mène inévitablement à l’intolérance puis au fanatisme.

Au contraire la déception est une forme d’intelligence. Une intelligence précise et tranchante comme un rasoir. Au demeurant c’est une façon honnête et simple de marcher dans notre réalité présente. On ne pourrait abandonner ses espoirs et ses attentes sans fouler le territoire de la déception. Se défaire de l’ambition folle de la confusion ne s’opère pas sur fonds de dogmes ni n’obéit à une quelconque technologie spirituelle. Nous pourrions analyser les raisons de ces ambitions que cela ne nous donnerait aucune force et pas le moindre pouvoir sur elles. Cela reviendrait à modeler un être idéal qui l’est déjà. Une situation parfaite qui l’est déjà. C’est simplement stupide.

En foulant le territoire de la déception la pertinence de nos espoirs et de nos attentes se délite d’elle-même. Tranquillement et sans produire le moindre effort. Alors luit la nudité de Cela.

La pertinence de notre propre confusion glisse par la gravité de la situation fondamentale de notre être.

Comme se dénude une jolie fille en remuant doucement.

PS Évidemment elle avait déjà arraché les boutons de la superficialité et défait les zips de l’attachement… 😉

One Comment

  1. Sylvain

    ÉTUDIANT (s’adressant à Chogyam Trungpa):
    Rinpoché, ce serait absurde d’abandonner l’espoir. Cela reviendrait à espérer ne pas espérer. Comment abandonner l’espoir?

    TRUNGPA RINPOCHÉ: On ne l’abandonne pas. On est coincé par l’espoir. Et puis on en est dégoûté.

    ÉTUDIANT: S’il n’y a pas moyen de se débarrasser de l’espoir, comment réussit-on à ne pas se flinguer?

    TRUNGPA RINPOCHÉ: Se flinguer?

    ÉTUDIANT: Oui.

    TRUNGPA RINPOCHÉ: Je ne vois pas le rapport.

    ÉTUDIANT: Confronté à sa propre imposture, on panique.

    TRUNGPA RINPOCHÉ: Mais on accroît la souffrance en se suicidant.

    ÉTUDIANT: Pas pour longtemps.

    TRUNGPA RINPOCHÉ: Vraiment? Qu’en savez-vous? Si vous considérez que le problème c’est votre corps, alors, évidemment, vous pouvez arriver à le détruire. Mais ici l’essentiel est que c’est votre esprit, le problème. Vous ne pouvez pas prendre un revolver et flinguer votre esprit. Trouvez moi un pistolet de cet acabit.

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