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lundi 30 août 2010

La voie tantrique

Dans la voie tantrique, c'est au moment où le réel nous saute à la figure que se manifeste l'inestimable opportunité de briser la routine et la confusion qui nous colle à la peau de jour en jour, d'instant en instant. Le tantra, bouddhique ou autre, n'est pas une voie confortable. Il y a du danger, du doute, de l'incompréhension. Nous ne cherchons pas à être rassuré, à connaître la vérité, ni même à nous évader dans un probable Nirvâna. Les "possibles" n'existent que par la force de notre subjectivité, par la vigueur de notre engagement, par notre désir insatiable d'être là, maintenant, au cœur même des situations, quelle qu'elles soient. Ce qu'on nomme par le doux nom de Clarté ou de Claire-Lumière, ce n'est pas une vérité, ce n'est pas un être ou une chose, ni même une situation exceptionnelle ou radieuse, mais simplement ce qui reste de plus ordinaire, de plus simple et nu et qui par cette absence de qualité ou de singularité passe le plus souvent inaperçu.

C'est pourquoi un aperçu de l'Eveil (dit-on canoniquement) reste le plus souhaitable des moments d'existence, en tant qu'une étonnante rupture qui -paradoxalement- nous relie à l'intimité la plus secrète de notre être, à la proximité silencieuse de tous les vivants, hommes, bêtes, végétaux, étoiles... "Ne rien prendre" au cours du parcours méditatif, c'est au contraire prendre un risque, le risque d'être là soudain, sans support, sans savoir quoi faire ni où aller. Étrangement, lorsqu'on ne sait quoi faire ni où aller, un acte émerge spontanément, une voie se dessine... un engagement est avéré, sans restriction et en symbiose avec tout ce qui vit. Non, non, ce n'est pas la liberté! Mais le chemin d'une libération.

Apprendre à méditer, c'est de la technique. C'est nécessaire parce que nous avons un corps qui réclame de l'attention, un esprit qui cherche la paix, un cœur désirant de l'amour... C'est un premier pas. Un peu comme l'on dit "bonjour" au passant que nous sommes chacun. Et après? Au-delà, il nous faut entrer dans le vif du sujet, car c'est le sujet lui-même que nous cherchions tant les objets éphémères de ce monde nous ont déçus, grattés et malmenés. Le sujet est fragile, comme un soldat sans armure, comme un escargot sans coquille. Mais il est vibrant, moelleux, et intrépide. Indestructible parce que non-né, dit-on! Je ne vois pas l'intrépidité tantrique comme une qualité surajoutée à notre palmarès de vertus intransigeantes mais comme la condition secrète et primordiale de notre être intime encore enfoui sous le fatras des bonnes pensées et des dogmes quotidiens.

Quand vos merveilleux jouets mentaux se brisent, qu'en est-il du désespoir ténu qui vous traverse soudain? Quand, après des heures d'entraînement, votre cervelle se boursouffle de myriades de pensées autogènes, qu'en est-il de l'espace sans limite où se tient pourtant votre conscience? Quant au moment de prendre la parole, vous ne savez quoi dire, que faites-vous de cette porte grande ouverte?

lundi 25 janvier 2010

La ville subtile

Atteindre la Félicité sans avoir à se changer, à réaliser des fantasmes ou à devenir "quelqu'un d'autre", cela nécessite d'apprendre à observer qui on est soi-même en amont de sa propre apparence et en amont de ses schémas corporels et psychiques. Rien de bien compliqué pourtant! Le moi est semblable à une ville faites de nombreuses maisons, de rues dont certaines sont droites et d'autres tortueuses, de parcs tantôt bien dessinés, tantôt laissés à l'abandon...

Si vous regardez une ville depuis un avion, elle semble exister en tant que ville, homogène, complète, intègre... C'est la magie de notre conscience "extérieure" ou superficielle. Le tantra nous invite à poser l'avion et à circuler dans les rues. C'est une expérience "au raz du sol". Ca semble trivial, primitif, et ça l'est! On cherche parfois l'énergie (prâna) du corps subtil dans les éthers. C'est une démarche étrange, car elle est là! Pas seulement en soi, ce qui ne signifie d'ailleurs pas grand-chose, mais aussi dans tout ce qui bouge, et dans tout ce qui tente de demeurer. En circulant dans les rues, en se mêlant au mouvement incessant du vent qui s'y engouffre et à celui des piétons affairés, on peut éprouver ce qui anime les apparences, "glue magique" qui cimente ce moi fait de briques et de brocs ancestraux. Le frémissement de tout-ce-qui-est nous renseigne continûment sur sa nature subtile.

Si le prâna est quelques instants maintenu dans le coeur, cette rencontre est possible. Il n'y a cependant rien à en dire. Et pourtant... bien que rien n'ait changé, rien n'est pareil! Un poing fermé cache un trésor. Je veux savoir. Le poing ouvert ne montre rien. Mais je sais.

Peut-être que joindre ses mains est la meilleure façon de les ouvrir? De même que les tendre vers l'autre est la meilleure façon de rester debout?

dimanche 17 janvier 2010

Homme ou femme ?

On peut être physiologiquement
femme de sentant femme
homme se sentant homme
femme se sentant homme
homme se sentant femme
femme ne se sentant ni l'un ni l'autre
homme ne se sentant ni l'un ni l'autre...

Mais en-deçà de cette détermination sexuelle existe une situation de complétude où nos deux moitiés ne font qu'un, où il est impossible de pencher définitivement d'un côté comme de l'autre, où le désir se dévoile comme mouvement incessant, initiant un doux balancier qu'on appelle "frémissement", expérience immédiate du bonheur. Un bonheur où toute forme de manque ressemble à un vase sans fond qu'un inconnu remplit continûment.

En relâchant ses attentes, en découvrant la détente, chacun a accès à cette intime polarité. Et bien qu'il n'ait sur elle aucun pouvoir (et c'est tant-mieux !) il peut en pleine conscience s'ébattre librement dans le mouvement dansé du monde, des choses, et des autres surtout .

Ah! Les Autres... qui deviennent si chers lorsque se dissipent les lourds nuages du soi !

samedi 16 janvier 2010

Tantra

Les premiers billets que j'ai postés dans cette catégorie étaient plutôt relatifs au Vajrayâna. Mais j'ai changé d'avis et voudrais écrire des choses plus générales car je crois qu'elles seraient plus aisément "entendues".

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