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lundi 21 juin 2010

Raffiner le mental

tumo.jpgNous avons tous un "moi ordinaire" que nous ne connaissons pas très bien mais avec lequel nous devons vivre vingt-quatre heures par jour. Nous avons aussi un "moi extraordinaire" que nous connaissons encore moins et avec lequel nous vivons aussi vingt-quatre heures par jour! Le second se dévoile quand le premier s'efface. C'est pourquoi, lors de la méditation, nous devons laisser le mental (organe du "moi ordinaire") se déposer, se détendre, se reposer... Sur quoi repose alors le mental? Sur sa base, comme toute chose déposée! Et cette base est notre "moi extraordinaire". Il n'a de qualités que le vide, la luminosité, l'amour. Plus vaste que le ciel, plus proche de soi que les cils ne le sont des yeux, il est continûment disponible. Mais (le dirais-je assez?) ce n'est pas une chose. Ce n'est pas quelqu'un.

En revanche, nous ne méditons sans-doute pas vingt-quatre heures par jour car il est impossible de contraindre le mental en lui imposant quelque chose de l'extérieur. Les législateurs et les religieux s'y sont tous cassés les dents! Cela peut fonctionner un moment, puis la tension ou au contraire l'ennui finissent par s'installer, ce qui nous plonge parfois dans des situations détestables. Mais en raffinant le fonctionnement du mental, en le libérant peu à peu de ses obsessions, de ses névroses, cancers et autres misères, il se dépose et un jour la Lumière luit. Raffiner le mental est un travail très spécifique. Il diffère en essence de toutes les activités mentales et intellectuelles que nous connaissons et pratiquons depuis toujours. C'est pour cette raison que le raffinage du mental est difficile. C'est un peu l'aventure, l'inconnu, l'immersion progressive dans une grotte sans fond ni contours.

Si vous raffinez du pétrole, au dernier stade il n'en reste plus rien. Si vous raffinez le mental arrive aussi un moment où il n'y a plus rien! Ce "rien", débarrassé de toute fabrication, concept, altération... est notre état naturel, pure conscience, joie sans limite, énergie indomptable. Le "rien" de la Claire Lumière est vide, mais ce n'est pas le néant. Il est dit : "Ne vois pas le Vide comme le néant..." Cela signifie que, lorsque le néant est lui-même vidé de son propre concept, le vide est tout autre chose que ce que nous pourrions imaginer. C'est le contenu même de la conscience éveillée, c'est ce "moi extraordinaire" qui d'ailleurs n'est pas un "moi" et reste des plus ordinaire!

Grâce au dhyâna (shiné par exemple), le mental goûte au samâdhi, il se repose de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps dans l'espace savoureux du vide aimant de Rigpa ou Claire Lumière. Un jour, raffiné et habitué à "cela", il connaît et reconnaît la vraie nature de l'esprit. Le "moi ordinaire" et le "moi extraordinaire" coïncident et il n'y a plus rien à faire pour soi. Est-ce la fin du voyage? Non, le début je crois. Le début d'une solidarité toute englobante et cosmique, le début de l'amour universel sans-cesse ravivé par le frémissement subtil de la Chaleur (Tumm'o)

vendredi 22 janvier 2010

Le mental de la carotte

J'ai rencontré une personne qui vient d'effectuer un stage de méditation intensive appelée "vipassana", méditation spécifique au Dharma et qu'on ne retrouve pas dans les traditions anciennes ou nouvelles. Je voudrais en parler ici car je suis très en colère, rapport à la manière dont cette personne a été traitée, vaguement entourée de "guides" à mon avis plutôt irresponsables. Je pense que ces précisions pourront être utiles aux internautes qui me suivent sur ce blog et aussi aux participants de notre atelier. Pardon pour le blabla théorique qui va suivre, mais là, ça semble vraiment nécessaire. Tout d'abord, ce stage durait 10 jours à raison de 12h de méditation quotidienne, 2 repas par jour (matin et midi) et la guidance s'effectuait en général par l'écoute de cassettes audio.

Vipassana est à l'origine une méditation destinée à observer la nature des choses (pensées, émotions, tangibles...) afin d'en percevoir leur qualité éphémère ou impermanent, leur non-réalité du point de vue de l'essence ou "non-soi", et leur caractéristique douloureuse en tant que vecteur d'attachement ou de répulsion. L'objectif est donc, sur la base de cette conscience, de ne plus être esclave des méandres de l'attirance et du dégoût pour pouvoir goûter à la qualité nue et claire d'une conscience non-fixée et attentive.

Cette méditation n'est pas destinée aux débutants. Elles est carrément dangereuse si l'on va vraiment "au bout des choses". Mais en général la plupart des gens la pratiquent négligemment dans un contexte qui tient plus du tourisme spirituel et du soupoudrage psy que d'un engagement à trouver le chemin de son coeur. Et pour une fois, je dirais "tant mieux!"

Autrefois, avant de pratiquer ce genre de méditation (je parle de "pratiquer vraiment"), le postulant réfléchissait à l'intérêt philosophique et sotériologique de sa démarche, préparait son corps et son esprit de diverses manières, et cela pouvait prendre des années, voire dix ans! Aujourd'hui, personne ou presque n'a ce genre d'énergie : la société moderne et les innombrables sollicitations qu'elle engendre et soutient sont un contexte très défavorable à une démarche aussi engagée. Chacun vaque à ses occupations et surmonte ses coups de blues et fait face au stress à coup de médocs et/ou de petites retouches "psychorapides".

Je ne sais pas si, à l'inverse, c'est une bonne chose d'être profond et de vouloir atteindre l'éveil à tout prix. Cela aussi engendre beaucoup de souffrances et de tortures et n'aide pas à avoir l'esprit léger, ni un coeur bondissant comme une gazelle.

La méditation qu'a pratiqué le Bouddha et avec laquelle il atteint l'éveil est samatha. Il la connaissait de longue date puisqu'il la pratiquait déjà dans les jardins du palais de son père avant qu'il s'en aille. Il l'a mis au point la méditation vipassana pour des raisons précises trop longues à détailler ici. En tous cas elle a une place bien déterminée dans un cursus méditatif et se positionne tout d'abord comme "renfort final". Samatha, à laquelle se relie le Yoga de la Claire Lumière, conduit l'esprit à se maintenir dans son état naturel. Les pensées et autres émotions se calment peu à peu, exactement comme les nuages quittent le ciel, le laissant à chaque fois toujours semblable : vide, vaste, clair, très simple... L'état mental et physique réalisé alors est appelé samâdhi, plus précisément "samâdhi d'entrée", autrement dit le premier des quatre stades extatiques de la conscience. Pour nous les trois stades suivants ne sont pas si importants car, à l'instant précis de l'entrée en samâdhi, une expérience de Clarté est présente. En réalité, elle n'est pas produite mais dévoilée. C'est ce qui fait la différence entre les techniques modernes où on "fabrique" du bonheur et du plaisir et la méditation où on cherche à laisser émerger un état dont on suppose qu'il est sous-jacent à toute condition humaine. Les qualités du samâdhi d'entrée sont très engageantes : plaisir - bonheur - vivacité mentale - précision. Ce sont en quelque sorte les effets collatéraux. Le problème est que le mental cherche instinctivement à s'approprier de telles qualités, ce qui provoque leur disparition. Une fois aguerri, il ne s'en préoccupe plus et cherche à maintenir le samâdhi. Et là aussi, il disparaît. Quel paradoxe! C'est en lâchant prise sur notre ambition de plaisir, bonheur, etc que nous réalisons le samâdhi et en voulant le maintenir que nous le perdons!

C'est ici qu'intervient la méditation vipassana. Son rôle est, par une ouverture de notre esprit à vacuité des choses, de maintenir le samâdhi. Le maintien du samâdhi permet l'éradication progressive de tous les germes de souffrance. Ce n'est pas une éradication semblable au travail d'un détergent ménager, mais au désamorçage de schèmes psycho-émotionnels entretenus par l'habitude, elle-même soutenue, voire engendrée par une sorte d'hypocrisie fondamentale. Enfin...c'est le moins que cela puisse apporter, le plus étant la Connaissance Transcendante. Par chance, S. (notre compagnon) était à la fois motivé, rompu à certaines techniques de Qi Qon, clair sur ses buts et perspicace. Mais son voisin, par exemple, a déclenché une psychose et fini à l'hopital! Et lui-même s'est retrouvé déstructuré mentalement et émotionnellement.

Comment fonctionne le désir? Il y a un objet, et moi qui suis persuadé de ma propre existence, je le veux. Si j'observe les qualités de l'objet (impermanent, sans réalité principielle, source de tracas puisqu'il ne me satisfera pas de toute façon) je vais le désirer moins, voire m'en détacher complètement. Mais que fait le mental à ce moment-là? Il panique : "Vite! Vite! Je veux désirer autre chose..." et il s'oriente vers autre chose. Et ça n'arrête jamais. Dans le cadre de vipassana, une fois que vous avez renoncé à tous les objets de pensée, le mental, incorrigible devient sensible aux émotions et ainsi de suite. Ainsi, l'activité mentale, puis émotionnelle, et enfin corporelle recule petit à petit. Plus scientifiquement, l'activité cérébrale passe du niveau bêta au niveau alpha, puis thêta. Au niveau delta (et si vous n'êtes déjà pas mort), vous avez réalisé le mental de la vache, ou plutôt de la carotte! Super!

Il y a pire : la cause de vos souffrances n'étant pas éradiquée, vous re-construisez ensuite les mêmes schémas maladifs et, de retour dans la folie ordinaire, vous allez beaucoup plus mal. De plus, en "état de vache", vous êtes tellement vulnérable, tellement offert, que n'importe qui peut effectuer sur vous une reprogrammation neuronale.

Voilà ce qui arrive si vipassana n'est pas soutenu par une expérience préalable de Clarté marquant de façon indélébile notre mémoire. Il s'en faut d'un cheveu qu'on soit projeté à l'antipode du but, et cela avec le même véhicule. La Clarté soutient la démarche méditative. Si nous n'avons pas un aperçu de "là" où nous voulons aller, notre voyage sera un expédient vers les ténèbres. On peut aimer l'aventure, aller vers l'inconnu, mais en réalité tous les aventuriers ont une étoile qui les guide. C'est pour cela qu'ils surmontent les obstacles, l'inconnu n'étant qu'un divertissement et non un but en soi.

Comment fonctionne vipassana avec les esprits "marqués" (du sceau de la Clarté)? Au moment où l'on sent que la Clarté diminue, ceci est comparable au ciel dans lequel les nuages reviennent. La diminution est donc le résultat d'un obscurcissement et non la disparition de la Clarté elle-même. Observant la nature des nuages (pensée, émotion...) le connaisseur est immédiatement enclin à s'en détacher, tout simplement parce qu'il sait qu'il a mieux à faire : être là, simplement dans la Clarté et toutes les qualités qui l'entourent. Alors, les nuages se dissolvent. Et à nouveau, Cela luit. Voilà, c'est un exemple très basique de la façon dont ont peut utiliser vipassana pendant la méditation. Il en existe des centaines d'autres!

Pour pratiquer la méditation, on ne doit pas seulement être responsable et engagé, pratiquer et étudier avec énergie et perspicacité, fabriquer son propre bâton de pèlerin... mais savoir précisément où on veut aller. Et pour cela, il n'y a que la découverte en soi de l'état naturel de l'esprit qui, encore une fois est clair et libéré depuis l'origine. Ceci résout sans le résoudre le paradoxe qui veut que pour s'éveiller on doit être... éveillé!

Merci d'avoir lu jusque là. J'attends vos réactions.

Et comme on dit dans d'autres galaxies : Que la Force soit avec toi!

mercredi 23 septembre 2009

Indomptable Samâdhi

Le Samâdhi est comme ce rouge-gorge qui -soudain- t'honore de sa présence. Oiseau farouche : au moindre mouvement du corps ou de l'esprit le voilà parti!

rouge-gorge.jpg

Du Samâdhi... toujours des souvenirs : celui de ta "Vraie Nature", inexplicable et si présente! Lumière étincelante et nue qui te porte et dissipe toutes afflictions.

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