La nature de l'esprit
Par jigmela le mercredi 21 juillet 2010, 18h16 - Débuter le dhyâna - Lien permanent
On a tord de croire que la méditation conduit à la rencontre de l'esprit. Comment pourriez-vous rencontrer quelqu'un avec qui vous vivez déjà? C'est irrationnel! La méditation ressemble plutôt à ce jeu : colin-maillard. On essaye de reconnaître un des joueurs avec les mains, grâce à sa forme, à son odeur, puis de dire son nom. Parfois c'est juste, et d'autres fois ça ne l'est pas. C'est seulement au moment d'ôter le bandeau que nous portions sur les yeux que la vérité éclate au grand jour! Aussi la méditation est-elle une sorte de jeu dont l'objectif est de reconnaître notre compagnon de toujours : l'esprit. C'est ce que signifie "reconnaître la nature de l'esprit".
La joie, la peine, la colère, le plaisir, la tristesse... sont de multiples facettes du mental humain. Nul ne peut dire que telle ou telle personne est continuellement joyeuse, triste ou colérique. Ce ne sont que des moments éphémères et changeant de l'expérience humaine, qui, elle, semble se poursuivre, au moins de la naissance à la mort, et au plus sans interruption sous de nouvelles formes, à travers d'autres enveloppes, elles aussi éphémères et changeantes. Notre mental, quoique mystérieux, est fait de passions, de misères, d'espoirs et de désespoirs. Il est un reflet, un organe dirais-je, de l'esprit. Esprit et mental ne se connaissent l'un l'autre. Mais ils ne s'ignorent pas non-plus. Ils entretiennent au contraire d'étroites relations. Si l'esprit dirigeait notre vie, le mental serait un bon serviteur, docile, obéissant, utile, pragmatique et efficace pour toutes les choses de la vie, y compris les émotions, qu'elles soient agréables ou non, pertinentes ou pas. Mais ce n'est pas le cas. En réalité, c'est notre mental qui contrôle l'esprit. Et franchement, il n'est pas très doué! C'est un mauvais maître. De même que l'esprit est un mauvais serviteur.
Dans la méditation, on ne peut utiliser l'esprit. Il est indomptable, comme un aigle ou un tigre sauvage. Lorsqu'une personne tente de maîtriser l'esprit (c'est souvent ce qu'elle croit devoir faire), celui-ci se rebelle, se dérobe ou se cache. Pour méditer, nous devons faire preuve d'habileté et utiliser le mental, c'est-à-dire notre capacité humaine à faire, penser, programmer, planifier... Bref, toutes ces tâches physiques et intellectuelles que nous exécutons ordinairement avec plus ou moins de dextérité, plus ou moins de grâce.
Le mental n'est pas homogène. Il ne fonctionne pas tout le temps de la même façon et permet d'éprouver une infinité d'expériences relatives à des champs de conscience plus ou moins raffinés. Avec la méditation nous découvrons et expérimentons des niveaux de conscience de plus en plus épurés. Tous ces champs sont interconnectés entre-eux mais ceci n'est pas comparable aux niveaux d'un immeuble. On ne peut les gravir au moyen d'un escalier psychique. Il n'existe pas d'escalier pour le mental. De même qu'une ascension spirituelle n'est qu'une représentation anthropomorphique du mental. La dissipation des niveaux grossiers du mental révèle immédiatement les niveaux plus raffinés. Plus nous dissipons les perturbations, plus le mental s'épure ou se raffine. A son niveau le plus épuré, la conscience qui émerge est sans limite et totalement ravie, paisible, joyeuse. De plus, dépourvue d'objets à connaître, elle se connaît elle-même. Autoconnaissance et Claire-Lumière sont des expressions synonymes. Alors, l'esprit est le maître, et le mental le serviteur.

