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Tantra

Ou comment retrouver en soi la condition initiale du couple primordial au milieu et son frémissement.

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lundi 30 août 2010

La voie tantrique

Dans la voie tantrique, c'est au moment où le réel nous saute à la figure que se manifeste l'inestimable opportunité de briser la routine et la confusion qui nous colle à la peau de jour en jour, d'instant en instant. Le tantra, bouddhique ou autre, n'est pas une voie confortable. Il y a du danger, du doute, de l'incompréhension. Nous ne cherchons pas à être rassuré, à connaître la vérité, ni même à nous évader dans un probable Nirvâna. Les "possibles" n'existent que par la force de notre subjectivité, par la vigueur de notre engagement, par notre désir insatiable d'être là, maintenant, au cœur même des situations, quelle qu'elles soient. Ce qu'on nomme par le doux nom de Clarté ou de Claire-Lumière, ce n'est pas une vérité, ce n'est pas un être ou une chose, ni même une situation exceptionnelle ou radieuse, mais simplement ce qui reste de plus ordinaire, de plus simple et nu et qui par cette absence de qualité ou de singularité passe le plus souvent inaperçu.

C'est pourquoi un aperçu de l'Eveil (dit-on canoniquement) reste le plus souhaitable des moments d'existence, en tant qu'une étonnante rupture qui -paradoxalement- nous relie à l'intimité la plus secrète de notre être, à la proximité silencieuse de tous les vivants, hommes, bêtes, végétaux, étoiles... "Ne rien prendre" au cours du parcours méditatif, c'est au contraire prendre un risque, le risque d'être là soudain, sans support, sans savoir quoi faire ni où aller. Étrangement, lorsqu'on ne sait quoi faire ni où aller, un acte émerge spontanément, une voie se dessine... un engagement est avéré, sans restriction et en symbiose avec tout ce qui vit. Non, non, ce n'est pas la liberté! Mais le chemin d'une libération.

Apprendre à méditer, c'est de la technique. C'est nécessaire parce que nous avons un corps qui réclame de l'attention, un esprit qui cherche la paix, un cœur désirant de l'amour... C'est un premier pas. Un peu comme l'on dit "bonjour" au passant que nous sommes chacun. Et après? Au-delà, il nous faut entrer dans le vif du sujet, car c'est le sujet lui-même que nous cherchions tant les objets éphémères de ce monde nous ont déçus, grattés et malmenés. Le sujet est fragile, comme un soldat sans armure, comme un escargot sans coquille. Mais il est vibrant, moelleux, et intrépide. Indestructible parce que non-né, dit-on! Je ne vois pas l'intrépidité tantrique comme une qualité surajoutée à notre palmarès de vertus intransigeantes mais comme la condition secrète et primordiale de notre être intime encore enfoui sous le fatras des bonnes pensées et des dogmes quotidiens.

Quand vos merveilleux jouets mentaux se brisent, qu'en est-il du désespoir ténu qui vous traverse soudain? Quand, après des heures d'entraînement, votre cervelle se boursouffle de myriades de pensées autogènes, qu'en est-il de l'espace sans limite où se tient pourtant votre conscience? Quant au moment de prendre la parole, vous ne savez quoi dire, que faites-vous de cette porte grande ouverte?

mercredi 21 juillet 2010

Couple magique

couple.jpgCe monde est composé de myriades d'images (les choses) et d'idées (concepts), sans oublier les émotions (les interactions des deux précédents). Ce sont les apparences du monde, tantôt merveilleuses, tantôt hideuses, et le plus souvent bigarrées.

L'esprit, quant à lui est là, ni visible ni dénué de manifestation, ni grand, ni petit, ni allant, ni venant... Les apparences ne peuvent obturer ni aliéner l'esprit. Et l'esprit ne peut agir sur les apparences.

Et pourtant, apparences et esprit vivent ensemble et restent continuellement disponibles. Comme la mer et les poissons, comme le ciel et les nuages. Le monde et l'esprit vivent ensemble : c'est un couple magique, universel. La vie de ce couple, la façon dont tout deux s'unissent sans-cesse est ce que nous découvrons parfois dans le Yoga de la Claire Lumière : l'Union.

... stupéfiant non?

lundi 21 juin 2010

Raffiner le mental

tumo.jpgNous avons tous un "moi ordinaire" que nous ne connaissons pas très bien mais avec lequel nous devons vivre vingt-quatre heures par jour. Nous avons aussi un "moi extraordinaire" que nous connaissons encore moins et avec lequel nous vivons aussi vingt-quatre heures par jour! Le second se dévoile quand le premier s'efface. C'est pourquoi, lors de la méditation, nous devons laisser le mental (organe du "moi ordinaire") se déposer, se détendre, se reposer... Sur quoi repose alors le mental? Sur sa base, comme toute chose déposée! Et cette base est notre "moi extraordinaire". Il n'a de qualités que le vide, la luminosité, l'amour. Plus vaste que le ciel, plus proche de soi que les cils ne le sont des yeux, il est continûment disponible. Mais (le dirais-je assez?) ce n'est pas une chose. Ce n'est pas quelqu'un.

En revanche, nous ne méditons sans-doute pas vingt-quatre heures par jour car il est impossible de contraindre le mental en lui imposant quelque chose de l'extérieur. Les législateurs et les religieux s'y sont tous cassés les dents! Cela peut fonctionner un moment, puis la tension ou au contraire l'ennui finissent par s'installer, ce qui nous plonge parfois dans des situations détestables. Mais en raffinant le fonctionnement du mental, en le libérant peu à peu de ses obsessions, de ses névroses, cancers et autres misères, il se dépose et un jour la Lumière luit. Raffiner le mental est un travail très spécifique. Il diffère en essence de toutes les activités mentales et intellectuelles que nous connaissons et pratiquons depuis toujours. C'est pour cette raison que le raffinage du mental est difficile. C'est un peu l'aventure, l'inconnu, l'immersion progressive dans une grotte sans fond ni contours.

Si vous raffinez du pétrole, au dernier stade il n'en reste plus rien. Si vous raffinez le mental arrive aussi un moment où il n'y a plus rien! Ce "rien", débarrassé de toute fabrication, concept, altération... est notre état naturel, pure conscience, joie sans limite, énergie indomptable. Le "rien" de la Claire Lumière est vide, mais ce n'est pas le néant. Il est dit : "Ne vois pas le Vide comme le néant..." Cela signifie que, lorsque le néant est lui-même vidé de son propre concept, le vide est tout autre chose que ce que nous pourrions imaginer. C'est le contenu même de la conscience éveillée, c'est ce "moi extraordinaire" qui d'ailleurs n'est pas un "moi" et reste des plus ordinaire!

Grâce au dhyâna (shiné par exemple), le mental goûte au samâdhi, il se repose de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps dans l'espace savoureux du vide aimant de Rigpa ou Claire Lumière. Un jour, raffiné et habitué à "cela", il connaît et reconnaît la vraie nature de l'esprit. Le "moi ordinaire" et le "moi extraordinaire" coïncident et il n'y a plus rien à faire pour soi. Est-ce la fin du voyage? Non, le début je crois. Le début d'une solidarité toute englobante et cosmique, le début de l'amour universel sans-cesse ravivé par le frémissement subtil de la Chaleur (Tumm'o)

dimanche 25 avril 2010

Entre la Lune et le Soleil...

...Je Suis!

Un peu de bla-bla qui peut être utile...

A la suite du dernier atelier de méditation, je suis amené à apporter quelques précisions sur des notions importantes en jeu dans nos exercices. Comme vous le savez, le prâna (énergie de vie) circule à travers des canaux "psychosomatiques" appelés nadis. On compte 72.000 nadis pour un être humain. De cette énorme quantité, dix sont importants. Et de ces dix, trois sont encore plus importants. Et de ces trois, un l'est encore plus.

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Ida-nadi prend sa source dans le chakra racine et s'élève du côté gauche de la colonne vertébrale, chemine jusqu'au sommet de la tête, redescend par le cerveau droit, traverse le front et termine sa course au-dessus de la narine gauche. Son énergie est de qualité lunaire, féminine, négative et paisible. Pingala-nadi prend sa source au même endroit et effectue le parcours inverse (côté droit, etc). La qualité de son énergie est aussi inversée : solaire, masculine, positive et agissante. Entre les deux se trouvent Sushumna-nadi, sur lequel les convergences de canaux subtils forment en divers endroits des vortex énergétiques (chakra). Sa nature est ignée, ni masculine ni féminine, ni positive ni négative, etc. Le propos du yoga est de permettre à l'énergie des deux nadis précédents de réintégrer la Sushumna. Pourquoi ré-intégrer? Parce qu'on ne considère pas que cette séparation, cette dualité énergétique soit de nature à maintenir un état de vie serein et bienheureux. D'un autre côté, l'existence ne se peut que dans la mesure d'une telle dualité. La dualité est créatrice. Elle maintient la vie en général. Elle permet l'échange, le dia-logue, le développement, la croissance... Il y a deux façons d'aborder le sujet. Soit sur un plan théorique, ce qui nous amène à la philosophie et à nous poser la question : "Pourquoi le prâna s'est-il séparé en deux, ce qui me vaut toutes ces misères d'humain?" Soit sur un plan pratique, qui lui ne répond pas à cette question mais en se fondant sur l'expérience directe montre comment et pourquoi une telle question est finalement une préoccupation inutile, je dirais même une perturbation mentale parmi d'autres.

C'est donc en relation avec cette seconde approche que je voudrais apporter une précision que j'estime fondamentale. Tous les maîtres qui ont réalisé leur propre nature (expression étrange qui demanderait trop d'explications ici...) ont éprouvé intimement que lorsque l'énergie de Ida et Pingala est intégrée dans Sushumna-nadi, toutes les perturbations mentales cessent définitivement et que tout leur être est constamment baigné d'intelligence, d'amour et de paix. La théorie, quant à elle, vient en seconde main, comme explication pratique sur la manière d'en arriver à cette situation d'éveil. Il n'y a pas ici de métaphysique, pas de considération sur un paradis perdu et retrouvé ou au contraire à gagner à partir d'un enfer supposé. Ce qui est sûr, c'est qu'en face des perturbations nous nous essayons à toutes sortes de tentatives de résolution, ajoutant à nos soucis des soucis supplémentaires sans que cela apporte la moindre solution aux précédents soucis. C'est ainsi que sur la souffrance se construit la citadelle de la souffrance. Le propos du yoga est donc d'engendrer une rupture définitive avec ce processus.

Dans la Lignée Kagyu, on dit à propos du Bouddha Vajradhara qui symbolise l'état éveillé sans cause : "Né spontanément..." C'est une expression chère à mon cœur. Elle signifie entre-autre que notre propre éveil n'est pas ailleurs et qu'il ne peut être produit. En d'autres termes, il est disponible continument. Cela signifie aussi que les perturbations, les douleurs de toutes sortes, les tares, le chagrin, le désespoir... naissent et meurent continuellement sur la base même de cet nature éveillée. Dès l'instant où nous nous intéressons à cette "base", s'amorce un début de rupture avec le processus de la souffrance. Nous ne devrions pas recherche le Divin. Rechercher le Divin, c'est ajouter des soucis à l'état d'humain. Lorsque nous recherchons le Divin, nous pensons au Ciel, nous pensons à l'idéal, l'idéal du moi, l'idéal de tout l'univers... Et nous devons déployer une énorme énergie, soit pour faire face à l'affliction que cela engendre, soit pour maintenir un niveau d'espoir suffisant à masquer notre pitoyable réalité. Cela revient à exécuter mille contorsions pour voir ses propres yeux. La pratique de la méditation et de ses exercices corollaires nous invite plutôt à observer avec attention le processus de fabrication de la douleur, et donc des perturbations qui la construisent. Elle ne nous invite pas à y mettre fin, ni à rechercher des solutions, des parades, des cataplasmes... Elle nous invite à être présent et/ou plus conscient au cœur même du processus. Mais cela n'est pas suffisant. C'est ici que se situe la différence entre les pratiques contemporaines de "training spirituel" qui, si elles sont utiles pour la relaxation, pour une certaine sérénité ou encore pour lutter contre le stress, échouent et échoueront toujours quant à la cessation de la souffrance et à l'émergence de l'état éveillé. Quand l'énergie des deux nadis intègre le canal central, l'expérience directe de la base est produite, une fois, une petite fois. Cette expérience devient alors le fond de l'entraînement. Et la voie se dessine, toute pure, toute simple. Il n'y a pas besoin de réfléchir, de calculer, de chercher telle ou telle théorie. Cela opère de soi-même. Il suffit de suivre le cours comme un bateau suit le courant de la rivière. Vous connaissez sûrement ces engageantes expressions : "introduction à la nature de l'esprit", "aperçu de l'éveil". C'est de cela dont il est question. Ce n'est pas "prendre conscience" mais laisser apparaître le niveau très très intime de la conscience.

Pour favoriser un tel cheminement, nous invoquons le Guru en début de session. Le Guru est "ce" qui conduit vers la lumière. En réalité, le Guru ne fait rien car il est cette nature de l'esprit, cette "base continument disponible" que je viens d'évoquer. En invoquant le Guru, avec passion, avec amour, avec feu, ce feu même qui est la nature de Sushumna-nadi, l'énergie des deux autres nadis entrent spontanément au centre. Elle est aspirée en quelque sorte. La lune et le soleil s'y unissent et les perturbations cessent. Pour un temps, nous sommes plus intelligents, plus habiles, plus compréhensifs, envers nous-mêmes, les autres, l'univers, l'entraînement, les plantes... C'est une situation d'union. Il ne s'agit pas d'osmose ou de fusion, mais d'union dans le sens où les énergies contraires s'emboitent, se complètent et d'une certaine manière s'annulent. Mais comprenez bien que l'annulation de deux énergies contraires n'est pas non-énergie! C'est "quelque chose" d'autre. Lorsque que nous recherchons des états fusionnels, par exemple avec une autre personne, ou avec un objet ou même avec tout l'univers, nous recherchons également cette union, mais il s'agit alors de sa distorsion psychique. C'est une addition, mieux, une multiplication : la multiplication des perturbations. Ça ne fonctionne jamais très bien. Et on souffre, d'une manière ou d'une autre. Toutefois, si l'on comprend cela, on peut aussi s'en servir comme point de référence. Car c'est malgré tout le terrain fondamental où tout commence, notre propre "matière spirituelle" et une piste d'envol. Cela ne devrait pas être mis à mal, critiqué, rejeté, torturé par des disciplines manichéennes, obnubilé par des guerres saintes. En somme, toutes nos maladies et nos problèmes sont l'état éveillé, la base magnifique, reflétés et distordus par les cul-de-bouteille que nous avons sur le nez. C'est une bonne nouvelle, non? Mais on aura beau essuyer encore et encore ces lunettes ou bien y accrocher des filtres de mille couleurs, cela ne changera rien. L'action juste serait plutôt de les ôter. Il faut pour cela accepter le danger, et être prêt à sortir du confort bien pratique de l'ignorance et de l'hypocrisie.

Illustration pratique

Quand le prâna circule en-dehors de la Sushumna, les perturbations mentales, émotionnelles et physiques se forment spontanément. Dans pingala-nadi, notre potentiel d'amour devient colère, agressivité, fureur... Dans ida-nadi la sagesse devient attachement, soif, obsession, et dans sushumna-nadi (privé du prâna) l'ignorance fondamentale perdure. Si vous êtes enclin à la colère (intro et/ou extra-vertie), vous savez donc que beaucoup de prâna passe par le canal de droite. Loin de vous désoler, vous devriez accepter le fait que là vibre un potentiel important d'amour et de générosité. Que se passe-t-il quand un colérique fait plein d'efforts pour être gentil, généreux, aimant? Il devient complètement fou! C'est contre nature, violent, frustrant, et en plus inefficace. En revanche, si le prâna de pingala-nadi retourne au centre, la colère se transforme naturellement, petit à petit au rythme de la ferveur du pratiquant. De plus, la sagesse de l'autre nadi vient en support et s'y mêle. Dans cette perspective, tout entraînement de l'esprit sort des carcans moralistes pour devenir une voie authentique portant fruits.

mercredi 31 mars 2010

L'Union

Claire-Lumière représente à la fois la clarté de l'esprit et la sagesse. La clarté de l'esprit est en lien avec la vacuité de ce même esprit, la conscience est (comme) transparente. La sagesse, quant à elle, fait référence à notre compréhension, à un entendement qui transcende les apparences (ce qui n'est pas si éloigné de la clarté) sans nier leur existence et sans les tenir pour réelles.

samantabhadra.jpg On peut avoir un esprit clair et rester un imbécile ou un malfaisant. On peut jouir aussi d'une certaine sagesse et rester incapable de la signifier. Une sagesse qui ne peut se traduire dans le courant de la vie ordinaire est inutile. C'est une théorie morte. De même, la clarté de l'esprit ne sert à rien. D'ailleurs, je ne vois pas ce qu'on pourrait en dire. "Ah! C'est clair! Tout est clair... Hou là là, comment c'est trop trop clair!"

En revanche, lorsque la clarté est unie à la sagesse, l'expérience immédiate de tout ce qui arrive est source d'une grande félicité. L'esprit perçoit clairement la vacuité des choses et réintègre immédiatement cette perception dans le courant de la conscience ordinaire. Il devient plus équilibré parce qu'il perçoit simultanément le vide et les apparences. Cette perception ramollit les carcans conceptuels, les attachements outranciers, les haines féroces... ce qui permet d'être plus attentif, plus souple, plus ouvert, plus accueillant.

Claire Lumière de Félicité : Vide et la Sagesse sont unis.

mardi 16 février 2010

Atteindre la Vérité

(Je dois être une peu pervers : j'aime bien les titres engageants dont je sais que la suite va décevoir. Ah! Ah!)

Si l'on pouvait "atteindre" la vérité, cela voudrait dire qu'elle peut se laisser enfermer dans un concept. Si la réponse est oui, c'est qu'elle n'est absolue en rien, et ne peut donc pas se désigner comme "vérité". Et si la réponse est non, qui donc pourrait se targuer de la connaître? Loin de moi l'idée de me livrer entièrement à ces petites devinettes.

Le propos de la méditation, ou peut-être même son préalable, est de se débarrasser une fois pour toute de questions aussi inutiles. Importantes, mais inutiles. Dans le fatras des interrogations, le ciel se dégage lorsqu'on commence à ressentir que "telle question ne se pose pas", et puis "telle autre n'a pas lieu d'être"...

La vérité, s'il en est, est une expérience, une expérience vécue. Pardon pour la redondance, mais ceci est dit pour éviter d'introduire l'idée que l'expérience rimerait avec sagesse. Une expérience, donc, que chacun fait en soi-même et par soi-même. La difficulté est de la laisser être. Certains tiennent cela pour impossible. Et ça le devient, évidemment. Mais le verbe "être" n'est pas ici synonyme de quelque chose d'intangible, bien au contraire. Etre inclut le mouvement, le changement, le renouvellement incessant. C'est ce que nous appelons le frémissement. Il y a dans le frémissement une vie intense. C'est une expérience inextinguible, insaisissable et incorruptible dans laquelle corps, sensations, impressions, sentiments, idées sont tous en jeu. Dans le frémissement, il y a une mise en résonance de tout notre être avec le tout universel. La Lignée des maîtres des pratiques en lien de la Claire Lumière est dite Lignée de la Parole. Dans le chakra de la gorge, centre énergétique de la Parole, il n'y a pas de vérité ou d'absolu en jeu, mais précisément l'expérience, l'expérience vécue. C'est le lieu de l'union entre Ce-Qui-Est et "ce-que-je-suis". L'un et l'autre sont abandonnés, n'étant tenus ni pour vrai ni pour faux. Ni pour bien, ni pour mal. Alors oui, une interrogation prend place. Mais elle n'est pas formulable et n'appelle pas de réponse.

Stupéfaction! A l'instant même de la stupéfaction, la Lumière luit. Laisse ça comme c'est!

On peut appeler cette clarté, "vérité". Mais c'est seulement "ma vérité". "Ma vérité" est sensible, malléable et aime se confronter au monde, s'y mélanger, s'y dissoudre et y renaître. Comme le Phénix elle renaît de ses cendres et pourtant est continûment Phénix. Si je tente, ne serait-ce que définir ou formaliser "ma vérité", elle se cabre puis se fige. Et c'est un dogme. Personnellement, le dogme m'angoisse plus encore que le pire des enfers car le dogme est une sorte de néant. Plus rien n'y vibre, rien ni personne n'y fait d'expérience lumineuse et sensuelle, le frémissement ressemble à la lave dure et noire d'un volcan éteint. Enfermés dans les dogmes, les êtres s'entrechoquent comme des pots de terre, et se brisent, évidemment.

Il y a une différence entre le frémissement et la vie quotidienne vécue sous le joug des concepts, des croyances, et les pesants acquis voulus et non-voulus. Mais cela, c'est à chacun d'en faire... l'expérience.

mardi 9 février 2010

La posture correcte

La première fois que -furieusement- s'est réveillé en moi l'énergie de Kundalini, malgré une posture de qualité très médiocre, tous "mes corps" se sont arc-boutés, redressés, nettoyés... et le maintien de chaque membre, chaque muscle, organe, est soudain devenu parfait, onctueux et lumineux. C'était le mûdra de Vairocana, la posture initiale et courante de méditation. Depuis ce jour, j'ai une profonde confiance dans les dires insistants des yogi anciens et des maîtres au cœur aimant.

La raison en est simple : toutes les "acrobaties" que nous apprenons ont été transmises par eux, non-pas sur des bases conceptuelles, mais en tant que manifestations corporelles de leurs propres changements intérieurs, qui de toute évidence sont communs à l'humanité (une fois débarrassés de leurs exotismes). Chaque geste (mûdra), posture (asana), etc est une préfiguration de ce qui "va se passer" au moment où la roche de nos aliénations va s'effriter, s'attendrir ou même se dissoudre. Le maintien et la correction de la posture est comme un aspirateur de l'état lumineux et bienheureux de la genèse de notre propre courant de conscience. C'est pourquoi, la posture correcte doit être envisagée au-delà de toute morale, au-delà de l'héroïsme, et seulement en tant qu'anticipation de l'émergence de la Clarté Fondamentale.

Lorsqu'on pose une éponge sèche sur un sol humide, elle se gorge d'eau. C'est le principe de l'entraînement. Nous avons l'eau (le geste) et l'éponge (soi-même). D'instant en instant, toutes les conditions sont réunies. Il est juste question de poser l'éponge au bon endroit.

Non! Ne la jetez pas!

lundi 25 janvier 2010

La ville subtile

Atteindre la Félicité sans avoir à se changer, à réaliser des fantasmes ou à devenir "quelqu'un d'autre", cela nécessite d'apprendre à observer qui on est soi-même en amont de sa propre apparence et en amont de ses schémas corporels et psychiques. Rien de bien compliqué pourtant! Le moi est semblable à une ville faites de nombreuses maisons, de rues dont certaines sont droites et d'autres tortueuses, de parcs tantôt bien dessinés, tantôt laissés à l'abandon...

Si vous regardez une ville depuis un avion, elle semble exister en tant que ville, homogène, complète, intègre... C'est la magie de notre conscience "extérieure" ou superficielle. Le tantra nous invite à poser l'avion et à circuler dans les rues. C'est une expérience "au raz du sol". Ca semble trivial, primitif, et ça l'est! On cherche parfois l'énergie (prâna) du corps subtil dans les éthers. C'est une démarche étrange, car elle est là! Pas seulement en soi, ce qui ne signifie d'ailleurs pas grand-chose, mais aussi dans tout ce qui bouge, et dans tout ce qui tente de demeurer. En circulant dans les rues, en se mêlant au mouvement incessant du vent qui s'y engouffre et à celui des piétons affairés, on peut éprouver ce qui anime les apparences, "glue magique" qui cimente ce moi fait de briques et de brocs ancestraux. Le frémissement de tout-ce-qui-est nous renseigne continûment sur sa nature subtile.

Si le prâna est quelques instants maintenu dans le coeur, cette rencontre est possible. Il n'y a cependant rien à en dire. Et pourtant... bien que rien n'ait changé, rien n'est pareil! Un poing fermé cache un trésor. Je veux savoir. Le poing ouvert ne montre rien. Mais je sais.

Peut-être que joindre ses mains est la meilleure façon de les ouvrir? De même que les tendre vers l'autre est la meilleure façon de rester debout?

dimanche 17 janvier 2010

Homme ou femme ?

On peut être physiologiquement
femme de sentant femme
homme se sentant homme
femme se sentant homme
homme se sentant femme
femme ne se sentant ni l'un ni l'autre
homme ne se sentant ni l'un ni l'autre...

Mais en-deçà de cette détermination sexuelle existe une situation de complétude où nos deux moitiés ne font qu'un, où il est impossible de pencher définitivement d'un côté comme de l'autre, où le désir se dévoile comme mouvement incessant, initiant un doux balancier qu'on appelle "frémissement", expérience immédiate du bonheur. Un bonheur où toute forme de manque ressemble à un vase sans fond qu'un inconnu remplit continûment.

En relâchant ses attentes, en découvrant la détente, chacun a accès à cette intime polarité. Et bien qu'il n'ait sur elle aucun pouvoir (et c'est tant-mieux !) il peut en pleine conscience s'ébattre librement dans le mouvement dansé du monde, des choses, et des autres surtout .

Ah! Les Autres... qui deviennent si chers lorsque se dissipent les lourds nuages du soi !

samedi 16 janvier 2010

Tantra

Les premiers billets que j'ai postés dans cette catégorie étaient plutôt relatifs au Vajrayâna. Mais j'ai changé d'avis et voudrais écrire des choses plus générales car je crois qu'elles seraient plus aisément "entendues".

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